La France a perdu son triple A, se lamentent toutes les sources médiatiques depuis bientôt 24h.  Cela vaut bien un article. En effet, S&P a diminué la note souveraine du pays d’un notch, à AA+.

Hier après-midi, toutes les bourses ouvertes ont brutalement basculé dans le rouge, notamment notre indice phare CAC 40 (dont la tendance était pourtant nettement à la hausse toute la journée), le DAX et le FTSE, et ce suite à la rumeur de dégradation de plusieurs notes souveraines européennes. On savait en effet que l’agence Standard and Poor’s devait rendre son verdict ce mois-ci. Verdict légèrement modifié puisque plusieurs pays ont échappé à la dégradation (dont l’Allemagne, les Pays-Bas et la Finlande). En réaction, les rendements obligataires sont encore repartis à la hausse (France bien au dessus des 3%, Italie proche des 7%…).

Cette annonce a donc jeté à nouveau de l’huile sur le feu des craintes européennes, alors même qu’hier matin, certains commençaient à sous-entendre pour la première fois que nous étions dans une situation proche d’une sortie de crise (adjudications réussies par Rome qui a placé 3 milliards d’obligations à trois ans sous 5% de coupon).

Pourtant, les données macroéconomiques ne sont pas dégradées, avec un excédent commercial largement positif pour la zone Euro, des placements de dette réussis, la plupart des indices de confiance qui se redressent (dont hier l’indice de confiance du consommateur de l’Université du Michigan) bien au dessus des attentes du consensus.

Certains titres progressent même à contre courant, à l’instar de BNP qui a repris 14% en un mois, marquant donc une fin de défiance à l’égard des actifs du secteur financier de la meilleure qualité.

Le CAC est tout de même parvenu à sauver les meubles, malgré son plongeon dans la journée, proche de l’équilibre à la clôture, en retrait de 0.11% seulement à 3,196.49 points. Il n’en est pas de même pour le DAX Allemand qui cède 0.58%, ou le Footsie qui se replie de 0.46%. La parité EUR/USD souffre quant à elle, avec un euro s’échangeant pour 1.2689, un plus bas de presque 2 ans.

Ce qui nous fait dire que, logiquement, ces dégradations ont déjà été pricées par le marché (il suffit de regarder la différence entre les taux allemands et français pour voir très clairement que les investisseurs ne considèrent pas le risque pays de la même manière). AA+ reste néanmoins une excellente note, qui selon nous ne justifie pas des taux si élevés. L’Italie, bien qu’étant également dégradée à BBB+, subit des taux très élevés que nous considérons décorrelés du risque réel. Les obligations, aujourd’hui, donnent le ratio risk/return le plus élevé du marché, bien plus intéressant que les marchés actions : la crise des dettes souveraines n’est pas suffisante pour justifier de tels taux et la dette française comme italienne reste extrèmement peu voire non risquée. Il y a donc des opportunités à exploiter à ce niveau.

La situation est cependant à relativiser. Fitch a confirmé le AAA de la France au moins jusqu’à l’année prochaine (sauf évènement exceptionnel) et Moody’s ne s’est pas encore prononcé. L’action de Standard and Poor’s risque cependant d’alimenter la crise dans un véritable cercle vicieux, alors même que l’Europe a durci ses règles budgétaires et que des actions d’austérité supplémentaires menaceraient directement la croissance.

Sans rentrer forcément dans la polémique, c’est aussi à propos de la légitimité même des agences que nous nous questionnons, ces mêmes agences ayant continué à noter AAA des actifs exposés aux subprimes, extrèmement risqués, et ce jusqu’à l’éclatement de la crise de 2007-2008 et l’effondrement des marchés action. Leur rôle semble aujourd’hui surévalué.

Nous nous montrons pourtant assez optimistes pour le futur. Il est très probable qu’après de tels efforts, sauf évènement majeur et imprévu, l’UE devienne d’ici une décennie un des ensembles les plus stables et les moins endettés du monde. Ce ne sera pas le cas des Etats Unis, qui se montrent pour le moment incapable de régler le problème de leur dette (leur pallier va devoir être encore relevé dans les prochaines semaines, bien au dessus de 15,000 milliards) et qui ne subissent pourtant pas le feu nourri qui s’est abattu sur l’europe depuis l’été dernier.

Ci-dessous, la tendance du CAC 40 sur la journée du 13 janvier 2012, mettant en exergue le moment où les rumeurs de dégradation se sont faites sentir (et cette fois, ce n’était pas un mail envoyé par erreur par Standard & Poor’s).

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