Analyser un bilan est un exercice qui n’est pas difficile, pour peu que l’on comprenne les évolutions et les intitulés des comptes et que l’on utilise efficacement quelques techniques simples.

Généralement, une analyse réussie repose sur les éléments suivants :

–          L’étude des évolutions dans le temps (utiliser au moins 2 années),

–          L’analyse des ensembles en valeur relative (common-size analysis),

–          L’utilisation de ratios (étude des ratios),

–          La classification en grandes masses (Fonds de roulement, Besoin en Fonds de Roulement, Trésorerie).

L’étude des évolutions dans le temps

Il est très utile de comparer les différents ensembles et leur évolution dans le temps : les actifs se développent-ils et comment ? Quel est l’état de l’endettement et comment évolue-t-il ? D’où l’entreprise tire-t-elle son capital ? Comment évolue la trésorerie ?

Un bilan étant une image figée de la situation patrimoniale de l’entreprise, il est très important de rendre cette image dynamique par l’étude des états financiers dans le temps. L’important ici n’est pas simplement de rendre compte de ce qui s’est passé mais de comprendre pourquoi et surtout de se baser sur ces constatations pour anticiper ce qui pourrait se passer à court, moyen et plus long terme pour la société.

Common-size analysis

Cette technique est extrêmement simple. Il suffit d’exprimer tous les grands ensembles du bilan en pourcentages par rapport à une base (généralement le total du bilan).

Exemple : total du bilan = 1254, Capitaux propres = 143, Dettes financières à long terme = 712. On a : Total bilan = 100%, Capitaux propres = 11,4%, Dettes financières = 56,8%.

Utiliser ces valeurs relatives permet de mieux apprécier les proportions et de pouvoir formuler un jugement beaucoup plus facilement.

Il existe deux types d’analyse common-size : horizontal common-size et vertical common-size. L’analyse common-size horizontale permet de comparer des bilans d’une même entreprise sur plusieurs exercices en faisant apparaître tous les ensembles en valeur relative. L’analyse common-size verticale est quant à elle utilisée pour réaliser une étude bilantielle de plusieurs sociétés d’un même secteur et de pouvoir comparer facilement la structure de leurs bilans. L’analyse verticale est donc utilisée en analyse dite « cross-sectional », c’est-à-dire une analyse qui va comparer plusieurs sociétés d’une même industrie sur un ou plusieurs exercices définis.

Les ratios du bilan

Attention au piège, une analyse financière ne doit jamais se limiter qu’à l’étude des ratios. Cependant, les ratios doivent faire partie de l’analyse et sont très utiles pour vérifier des hypothèses et avoir une vue d’ensemble des grands équilibres.

Les principaux ratios sont les suivants :

Ratios de solvabilité (équilibres financiers à long terme), mesurant le risque et le levier financier :

–          Dette long terme / Capitaux propres (il est préférable que la valeur de ce ratio soit inférieur à 1)

–          Total des dettes / Capitaux propres

–          Poids total de la dette : Dette totale / Actifs totaux

–          Levier financier (financial leverage) : Total du bilan / Capitaux propres (inférieure à 2.5 : bonne structure)

–          Fonds propres / total du bilan : mesure la part des fonds propres sur le total de l’actif

Ratios de liquidité (équilibres financiers à court terme), mesure la capacité de l’entreprise à faire face à ses échéances à court terme :

–          Current ratio : actifs circulants / dettes à court terme

–          Quick ratio : (actifs circulants – stocks) / dettes à court terme

–          Cash ratio : (trésorerie + VMP liquides) / dettes à court terme

Ratios des grands équilibres, mesurant la qualité des équilibres financiers :

–          Fonds de roulement / chiffre d’affaires

–          Trésorerie / total du bilan

–          Besoin en fonds de roulement / total du bilan

Il existe bien sûr une multitude d’autres ratios.

Les grandes masses

L’étude du bilan suppose le calcul de plusieurs « grandes masses » ou indicateurs. On retrouve principalement :

–          Le fonds de roulement (FR) : « Le fonds de roulement correspond au solde entre les ressources à plus d’un an dites stables et les immobilisations (emplois stables à plus d’un an). Positif, il traduit un excédent des premières sur les secondes. Négatif, il permet de constater que les immobilisations sont financées par les ressources de trésorerie ou par l’excédent des ressources d’exploitation sur les emplois (besoin en fonds de roulement négatif). En bonne orthodoxie financière, comme les ressources sont exigibles à tout moment alors que les immobilisations se liquéfient progressivement, le fonds de roulement doit être positif en croissance ! » Source : Vernimmen

–          Le besoin en fonds de roulement (BFR, working capital) : « Le besoin en fonds de roulement (BFR) d’une entreprise est la somme de son BFR d’exploitation et de son BFR hors exploitation. Le BFR d’exploitation représente le solde des emplois et des ressources d’exploitation (soit en simplifiant : stocks + clients – fournisseurs). Il correspond à l’argent gelé par l’entreprise pour financer son cycle d’exploitation (ou sécrété par celui-ci lorsque ce BFR est négatif). Si les composantes du BFR sont liquides et renouvelées rapidement, leur niveau est relativement stable à activité constante : de là la notion de permanence du besoin en fonds de roulement. Notons que le BFR calculé au bilan à la date d’arrêté des comptes ne représente pas le BFR permanent de l’entreprise car l’activité peut être saisonnière. Sa maîtrise est par ailleurs fondamentale, notamment pour les entreprises en forte croissance. Du fait de l’importance du financement inter-entreprises en Europe continentale, l’analyse du besoin en fonds de roulement est essentielle. Si le BFR doit évoluer à priori en fonction à l’activité, les périodes de croissance et de récession se traduisent dans les faits par une augmentation de son niveau relatif. Se pose alors la question de son financement, le recours aux crédits à court terme rendant l’entreprise très vulnérable à toute modification de son environnement industriel et financier. » Source : Vernimmen

–          La trésorerie (T) : « La trésorerie d’une entreprise à un instant donné est égale à la différence entre ses emplois de trésorerie (placements financiers et disponibles) et son endettement bancaire et financier à court terme. Il s’agit donc du cash dont elle dispose quoiqu’il arrive (même si sa banque décidait de cesser ses prêts à court terme) et quasi immédiatement (le temps seulement de débloquer ses placements à court terme). Enfin, par construction, la trésorerie est égale à la différence entre le fonds de roulement fonctionnel de l’entreprise et son besoin en fonds de roulement. » Source : Vernimmen

Les calculs de ces masses peuvent être simplifiés. Pour calculer grossièrement le fonds de roulement, il suffit de soustraire la valeur des immobilisations à la somme des capitaux propres, des provisions et des dettes à long terme. Pour calculer simplement le besoin en fonds de roulement, il suffit de soustraire les dettes à court terme de la somme des stocks et créances de la société. La différence restante (c’est-à-dire la valeur qui a été exclue de ces calculs) est la trésorerie.

Ci-dessous, un résumé des grands agrégats du bilan :

Pour conclure, voici quelques images issues d’un modèle d’analyse financière que j’utilise (version française et version modifiée anglo-saxonne).

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