Les analyses techniques et fondamentales s’opposent. Quand l’analyse technique proclame que l’on peut anticiper les fluctuations de n’importe quel actif grâce aux éléments graphique et au passé des cours, l’analyse fondamentale se focalise sur l’information, les décisions rationnelles et la connaissance de l’actif concerné.

Dans un autre article, on avait aussi vu que selon le degré d’efficience d’un marché, les analyses fondamentales et techniques n’auraient pas le même niveau de succès. Personne n’est encore d’accord sur cet aspect toutefois.

Il existe de nombreux facteurs qui peuvent influer sur les cours et donc provoquer des opportunités d’investissement ou au contraire des risques pour l’investisseur. Ces facteurs diffèrent, selon les approches de l’analyse technique et de l’analyse fondamentale.

Par un graphique simple, on peut en évoquer plusieurs. Certains découlent de l’analyse fondamentale et d’autres de l’analyse technique :

Quand l’analyse fondamentale se base sur des informations, comme les fondamentaux de l’entreprise et du secteur, l’état du marché, les facteurs macro-économiques, l’évolution des taux d’intérêts, le niveau de croissance, les différents risques, les cash-flows futurs de la société, etc., l’analyse technique se fait à partir d’interprétations de ce qu’on peut lire dans les cours, comme les tendances, les dynamiques, les signaux observables, les indicateurs techniques, mais les influences techniques se font aussi sentir par le sentiment des investisseurs (optimisme ou pessimisme) et les jeux d’influences (game theory).

Dans les faits, l’analyse fondamentale et l’analyse technique s’opposent. Elles n’ont pas le même degré d’efficience et elles ne font pas appel aux mêmes données pour prévoir l’évolution des cours. Elles ne valorisent en outre pas du tout les actifs de la même façon.

Un fait amusant : juste avant l’explosion de la bulle Internet, 99% des analystes financiers américains recommandaient « d’acheter » ou de « conserver » les titres en question (source : Securities and Exchange Commission). Alors que les marchés financiers sont aujourd’hui (ou devraient être aujourd’hui) à un niveau d’efficience jamais atteint, il est temps de prendre du recul sur ces théories. En effet, les informations circulent vite, la liquidité est présente, la plupart des valeurs sont couvertes, les opérateurs de marché sont mieux formés qu’auparavant, la régulation est omniprésente, les coûts sont compétitifs et les plateformes nombreuses… L’analyse fondamentale devrait donc permettre d’anticiper sans risque les évolutions et les corrections sur les cours devraient être faites rapidement et presque automatiquement. Les prix devraient même être totalement efficients, c’est-à-dire qu’il ne devrait même presque plus exister d’opportunités de trading puisque les prix devraient refléter la juste valeur des sociétés et tout changement s’incorporer automatiquement dans le marché. Ce n’est pas du tout le cas.

Malgré les fondements théoriques extrêmement solides de l’analyse fondamentale, les scandales financiers, les crises et les fausses analyses de ces dernières années nous amènent à penser que l’analyse fondamentale n’est peut être pas le seul et unique type d’analyse valable et efficace. Longtemps décriée, l’analyse technique (qui n’est certes pas une science exacte) a le même mérite que l’analyse fondamentale puisque il arrive souvent que ces préconisations fonctionnent.

Voilà pourquoi nous pensons que l’analyse fondamentale n’est pas forcément la panacée. Elle ne tient pas compte des aspects irrationnels du marché, pourtant nombreux. Ainsi, nous sommes convaincus que l’analyse technique a un rôle à jouer. Les prophéties auto réalisatrices le prouvent tous les jours. Tant qu’il y aura des analystes techniques et des investisseurs y faisant référence, cela pourra continuer à fonctionner. On peut donc coupler ces deux analyses, même s’il s’agit d’un exercice difficile.

L’analyse fondamentale permet de valoriser des actifs de manière juste, d’allouer les ressources de manière optimale, induisant une utilité économique et sociale ainsi qu’une justesse indéniable sur le long terme. Cependant, les fluctuations à court terme restent très souvent inexpliquées. Ceci étant l’apanage que l’analyse technique.

La question est donc la suivante : bien que les hypothèses fondamentales reposent sur des théories éprouvées et parfaitement rationnelles, les marchés financiers sont-ils réellement rationnels, malgré la présence de nombreux investisseurs irrationnels ?

Le marché ne peut que difficilement être purement rationnel, car constitué de tout ce qui nous fait humain. Nos peurs et nos doutes, notre cupidité, nos espoirs et nos convictions. Il faut l’accepter : malgré leurs différences, l’analyse technique et l’analyse fondamentale devront encore longtemps cohabiter pour tenir compte des deux facettes de l’investisseur : juste et rationnelle à long terme, cupide et moutonnière à court terme. Les marchés ne seront totalement efficients que le jour où nos biais cognitifs seront éliminés…donc probablement pas d’ici demain.

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