L’analyse technique, très décriée au profit de l’analyse fondamentale, a pourtant une réelle utilité. Elle peut permettre, dans de très nombreux cas et pour un observateur attentif, d’anticiper les grands changements de tendance, voire de prévoir l’éclatement de certaines bulles ou encore d’anticiper des tendances haussières après des périodes plus déprimées. Il est aussi possible de lire dans les cours et les indicateurs techniques lorsqu’un évènement se trame, qu’une information privilégiée ou une rumeur est exploitée avant que celle-ci soit rendue publique.

Ceci nécessite un sans froid à toute épreuve, une très forte attention à tous les détails ainsi qu’un goût du risque. Cependant, lorsqu’un signe s’observe et se trouve validé par plusieurs indicateurs, le risque peut être réduit, voire maîtrisé si l’on passe des positions avec des stops et des seuils.

Dans cet article, nous allons mettre en évidence certaines techniques, assorties d’exemples concrets.

Parce qu’elle reflète le comportement des participants du marché, l’analyse technique peut permettre de mettre en relief les comportements inhabituels, les décrochages, la psychologie des investisseurs, les changements à venir.

Même si l’analyse technique n’est pas infaillible, c’est un outil très efficace, notamment face à l’analyse fondamentale qui ne peut pas vraiment anticiper les retournements à court terme et qui ne tient pas compte des informations privilégiées. Si dans la pratique l’analyste technique n’a pas non plus accès aux informations privilégiées,  il est parfois possible de se douter que quelque chose se trame à la vue des cours.

I/ En analyse technique, les retournements peuvent être anticipés, comme nous l’avons vu dans d’autres articles, grâce aux divergences observées entre les cours et certains indicateurs techniques. Certains évènements majeurs, comme de très fortes corrections ou krach, peuvent donc être prédits, mais il faut souvent pour cela donner une opinion bien différent du consensus (souvenons-nous de la bulle internet, ou 9 analystes sur 10 étaient à l’achat ; mais cela n’a pourtant rien d’étonnant quand on sait les conflits d’intérêts existants entre recherche actions et banque d’affaires, et ce malgré les murailles de Chine…).

Exemple 1 : Nasdaq Composite Index lors de la crise des subprimes

Ci-dessus on peut voir que malgré tout, juste avant la crise, on pouvait observer tout d’abord une stagnation au niveau du RSI un peu au dessus de 60-70%, alors que le cours de l’indice continuait à grimper fortement. Puis une divergence baissière a lieu entre l’évolution du cours et l’évolution du RSI. Cette divergence est validée par la cassure de la zone de neutralité par le RSI (50%), à un moment où les meubles pouvaient encore être sauvés, le moment aussi peut-être de se positionner à la baisse. Ceci est même beaucoup plus clair avec le Dow Jones à la même période :

Exemple 2 : le CAC 40 et la bulle Internet

Sur la fin de la période d’engouement et se spéculation sur les valeurs numériques, on peut voir qu’il se préparait effectivement un grand retournement. Quelques analystes se sont même positionnés à la vente à la fin de 1999, cependant l’éclatement n’ayant eu lieu qu’au printemps 2000, nombreux sont ceux à s’être à nouveau positionnés à l’achat sans tenir compte des indicateurs. Nous avons mis en relief ici la très forte divergence entre RSI et évolution réelle de l’indice. On peut donc voir que dès la fin 1999, le RSI tend à s’installer plus fréquemment sous les 50%, en zone de repli (et va d’ailleurs y rester jusqu’en 2003). Cette forte divergence baissière laissait présager un retournement à court terme, celui-ci étant ensuite validé par l’installation durable du RSI en zone rouge et par le début de correction subi par le cours. Le point haut du RSI (au-dessus de 70%) n’est ensuite plus franchi jusqu’au début de la prochaine « bulle », celle des subprimes. La recovery des cours peut être, ici encore, clairement mise en évidence par l’évolution du RSI.

Exemple 3 : le cours de la Société Générale au moment de la dernière crise

Comme pour les exemples précédents, nous avons tenté de montrer les divergences RSI-cours qui précèdent souvent une grosse correction sur les marchés. Au plus haut au printemps 2007, autour de 150 euros, l’action va ensuite chuter jusqu’à un plus bas d’à peine 25 euros. La divergence se voit à partir de 2006 (le RSI étant même en zone d’excès à plus de 80%). La tendance baissière va ensuite s’accélérer avant d’être ressentie dans les cours, ce qui finit par la valider  définitivement et le niveau des 50% est cassé après une période très volatile en haut de courbe, matérialisée par une très haute bougie (voir article sur les bougies japonaises), mettant en relief le déséquilibre achat-vente qui va se mettre en place au profit des vendeurs. Le dernier point haut du RSI qui a matérialisé une résistance à 145 euros, ne sera plus jamais atteint depuis lors. A noter sur la fin de la courbe, la même cassure des 50% pour la dernière chute du cours depuis mi-2011. A noter également, le niveau des 50% qui agit très nettement comme un support durant l’envolée du cours à partir de 2003.

Exemple 4 : Le Nasdaq Composite et l’explosion de la bulle Internet

Encore une fois ici,  les moyennes mobiles, les courbes et le RSI matérialisent des divergences, s’enfonçant sous les 70% puis sous les 50%. Les indicateurs cassent souvent leurs supports ou leurs résistances avant les prix…

Tous ces exemples montrent que dans de nombreux cas, les différents krachs boursiers sont restés prévisibles. Mais il n’est pas toujours aisé pour un analyste de maîtriser ses émotions, de ne pas être emballé par l’évolution du marché et surtout d’émettre des opinions totalement contraires à ceux de la masse. Il est généralement plus rémunérateur et surtout moins risqué de crier avec les loups et de perdre avec la masse que d’avoir raison seul…malheureusement.

II/ Grâce à l’analyse technique, on peut aussi imaginer pouvoir anticiper des informations privilégiées, c’est-à-dire des informations précises et confidentielles sur une société qui n’ont pas encore été divulguées au marché. Pourtant, les délits d’initiés sont malheureusement une pratique courante et parfois, il est possible de lire dans les cours lorsque quelque chose se prépare. En effet, s’il n’y a aucune raison valable pour qu’un cours progresse et que celui-ci bondit, c’est probablement qu’il y a en fait une raison.

Exemple 1 : EADS

Lors de la mise en place du plan « A 380 », le désormais bien connu très gros porteur d’Airbus, certaines personnes ont eu accès à des informations privilégiées concernant des retards de livraison préjudiciables à la compagnie. On sait par exemple aujourd’hui que mi-mars 2006, Noël Forgeart (co-président exécutif d’EADS) vendit 2.5 millions de ses stock-options pour près de 33 euros par action. Il est en effet plutôt étonnant, pour un dirigeant, de vendre ainsi en masse des stock-options alors que la compagnie est sensée très bien se porter, avec le projet en train d’aboutir du plus gros porteur jamais conçu. Bref, il s’agirait d’une opération d’initié, comme tant d’autres ont lieu chaque année.

Regardons le cours d’EADS à ce moment là :

EADS est véritablement un cas d’école. Au moment des trades menés par les initiés, une grosse bougie rouge apparaît (au bout du premier trait bleu), qui coincide très étrangement avec une rupture du support du RSI au dessus de la zone de neutralité et avec (plus logique) des volumes plus élevés. Cette bougie rouge englobe les précédentes bougies vertes, on peut l’assimiler à un avalement baissier (voir article sur les figures des bougies japonaises). Une divergence baissière est aussi observable sur le RSI. L’analyse technique se montre donc ici supérieure à l’analyse fondamentale. Lorsque les informations sont rendues publiques, une immense bougie rouge apparaît et les cours s’effondre. C’est même encore plus net sur le graphe suivant :

Exemple 2 : le cas étrange autour du 11 septembre 2001

Nombreuses sont les rumeurs sur la vente à découvert par des hedge funds des titres liés aux compagnies d’assurance et aux compagnies aériennes. Cependant, il est extrêmement étonnant de voir qu’une correction sur les marchés financiers pouvait être anticipée avec une simple analyse technique, alors que nul (en tous cas à notre connaissance) n’avait anticipé les tristement célèbres attentats du 9/11.

En effet, dès juin 2001, les indicateurs techniques virent au rouge :

–          Depuis 2000, les indicateurs boursiers sont baissiers,

–          Le RSI sur le CAC 40 et le DOW Jones touche son support à 50% sans pouvoir le franchir et reste baissier,

–          Le MACD est négatif,

–          Le DOW JONES casse ses supports entre fin août et le 8 septembre (enfoncement du support des 10,000 point, tenu depuis plus de 6 mois, le 7 septembre 2001).

A ce propos, Thami Kabbaj dans son ouvrage « L’art du trading » ainsi que Geraint Anderson dans « Cityboy », reviennent sur cet évènement (voir nos lectures conseillées). Ils ont relevé ces faits alors qu’ils étaient en poste en tant qu’analystes et ont tous deux anticipé le retournement.

Cela fait peut-être trop de coïncidences pour constituer un hasard total. Mais la polémique n’est pas le but, simplement, il faut voir que le retournement pouvait être anticipé, malgré l’absence d’informations de départ. A moins que des initiés aient eu connaissance des faits.

Conclusion

L’analyse technique a une réelle utilité. Si l’utilité sociale et la réussite sur le long terme reviennent à l’analyse fondamentale, l’analyse technique permet d’anticiper à court terme et sur ce point elle surpasse l’analyse fondamentale qui cherche avant tout à trouver une explication aux variations. L’analyse technique, plus pragmatique, permet de réaliser d’excellentes performantes sur un horizon temporel plus restreint. Toujours décriée face à la prétendue supériorité scientifique de l’analyse fondamentale, l’analyse graphique a pourtant beaucoup à apporter, en complément de l’analyse financière, sectorielle et économique classique. Certes, les méthodes graphique ne sont ni parfaites, ni infaillibles, mais elles permettent réellement de pallier certains manques de l’analyse fondamentale…

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