La Bourse de Paris parvient à sauver les meubles en ce jeudi 14 juin. Pourtant, tout avait vraiment mal commencé. Ce matin et après de vives tensions depuis plusieurs jours, le rendement des bons espagnols à 10 ans avait flirté avec les 7%, un niveau de plus haut historique et théoriquement au-delà duquel un Etat a de fortes chances de perdre le contrôle de l’évolution de sa dette (comme le Portugal, la Grèce et l’Irlande qui avaient fait appel à l’aide de l’Europe au-delà de ce taux). Ceci s’explique par la décision de Moody’s de dégrader la note souveraine espagnole de 3 notchs, à Baa3 avec une perspective négative (c’est-à-dire susceptible d’évoluer négativement à court terme), en raison de l’emprunt de 100 milliards d’euros que va contracter Madrid auprès du fonds de sauvetage européen afin de soutenir le système bancaire du pays qui a de lourds besoins en recapitalisation mais aussi en liquidités. En d’autres termes, ce nouvel alourdissement de la dette espagnole n’est pas soutenable pour Moody’s car même si l’Espagne est bien moins endettée que l’Italie ou la France, les taux espagnols élevés limitent son accès au marché et les perspectives économiques sont encore moins plaisantes que de l’autre côté des Pyrénées.

L’Italie a également pesé dans la balance du côté des vendeurs sur les bourses Européennes ce matin, avec une nouvelle adjudication d’obligations à moyen et long terme, pour 4.5 milliards d’euros de dette levée, mais avec des taux en forte hausse (5.30% pour une échéance 2015 contre 3.91% le mois dernier et 6.13% pour une échéance 2020 contre 5.33% pour la dernière émission similaire). Tout semblait donc plutôt mal parti, d’autant plus que le marché subit le stress régulier lié aux échéances en Grèce (et des données américaines parfois décevantes), avec les élections législatives de ce dimanche 17 juin qui pourraient changer la zone euro si les urnes portaient au pouvoir un gouvernement contre les réformes dans le pays. François Hollande a d’ailleurs mis en garde les grecs contre ce scenario, ne proposant toutefois aucune solution concrète, tandis qu’Angela Merkel, décidément bien seule depuis l’explosion du couple franco-allemand (même si une ébauche de couple franco-italien est apparue aujourd’hui, pour changer), ne démord pas au sujet d’une plus grande intégration et d’un vrai fédéralisme européen même si elle met toutefois un peu d’eau dans son vin au vu de l’absence de soutien des autres dirigeants européens pas prêts à renoncer à leurs prérogatives. Dans les faits, pourtant, nous sommes convaincus que plus de fédéralisme, plus d’Europe avec des abandons de souveraineté des pays membres concernant la réduction des déficits, la politique budgétaire, la politique économique et le droit du travail, en bref un projet de long terme qui aboutirait à une véritable union monétaire et fiscale, aurait pour conséquence de stabiliser l’Europe, d’apaiser les marchés et de pouvoir mettre en œuvre une union bancaire et des émissions d’euro-bonds sans risque comme aujourd’hui de pénaliser les économies plus performantes. Toutefois, si nous sommes d’accord sur le fait qu’une responsabilisation et qu’une vague de réformes des pays du sud est indispensable (notamment en termes d’âge de départ à la retraite et de cadre fiscal), les pays du nord doivent aussi mettre la main à la pâte car ils sont (et l’Allemagne la première), les gagnants de la crise en Europe, avec un afflux de liquidités sans précédent remontant des pays classés à risque (ce qu’on observe avec l’augmentation des spreads de taux entre l’Allemagne et la France d’une part, et l’Espagne et l’Italie d’autre part) et les asséchant tandis que l’Allemagne et même aujourd’hui la France (!) s’endettent à des taux incroyablement bas.

Il est donc difficile de se prononcer avant la semaine prochaine et les élections en Grèce. La stabilisation de la zone Euro, si le continent parvient à y arriver, sera un travail de longue haleine. Ce ne sera probablement pas une Europe des Nations, sauf cataclysme économique faisant tirer chacun des membres à hue et à dia (encore plus qu’aujourd’hui, ce qui n’est pas impossible), mais plutôt une Europe plus libérale et plus fédérale, intégrée et plus solidaire aussi, avec des disparités moins marquées et des mobilités favorisées en son sein. Cela ne se fera pas du jour au lendemain…et les marchés ont malheureusement une vision court terme (pour preuve, un évènement donné peut engendrer des baisses ou des augmentations de taux souverains à 10 ans). Il ne faut donc pas prendre des mesures pour calmer les marchés pendant quelques mois (des pansements ou des cache-misère donc), mais penser à une vraie politique de long terme, si besoin à deux vitesses selon les pays, afin d’arriver en fin de course à une situation stable et assainie et en soutenant les pays plus fragiles durant ce laps de temps avec comme contrepartie l’engagement de continuer les réformes pour aboutir au résultat final. Et ce n’est pas un hasard si les marchés financiers du monde entier se prononcent en faveur d’une Europe fédérale, tout comme les USA, la Chine et le Japon, afin d’avoir une économie mondiale plus apaisée ; le poids de l’UE étant important dans la création de richesses dans le monde, une UE stable est bien évidemment préférable.

Les faits du jour sur les marchés

Il semble que le marché, en tous cas en France, aie encore buté sur des seuils. Pour le CAC 40, il s’agit du seuil des 3,000 points : alors que l’indice vedette l’a pourtant franchi à la baisse plusieurs fois aujourd’hui, il parvient à se stabiliser encore au dessus de ce soutien ce qui tendrait à signaler que les positions vendeuses perdent en conviction. Il est possible que le scénario du pire (coûteuse sortie de la Grèce de la zone Euro engendrant une perte de confiance et une dépréciation de la monnaie unique et une possible réaction en chaîne) ait donc déjà été pricé. On voit aussi l’euro qui se reprend face au dollar, redépassant les 1.26 USD. A Athènes où la bourse a clôturé à +10%, à Madrid avec une hausse de 1%, en France avec une tendance neutre de +0.08%, plusieurs places (à l’exception de Francfort et Londres) indiquent que peut-être le potentiel de baisse arrive en bout de souffle. Les indices US se reprennent aussi quelque peu au moment où nous publions, même si la nervosité est toujours bien présente avec les échéances de dimanche. L’appétit pour le risque reviendrait-il ? Si les résultats en Grèce ne déçoivent pas et si les principales économies européennes parviennent à se mettre d’accord sur une stratégie de long terme pour notre union, les marchés pourraient réserver une surprise agréable. Il restera toutefois le cas Espagnol.

Du côté des valeurs, les banques ont terminé en hausse, à l’image de BNP Paribas (+0,91% à 28,27 euros), Crédit Agricole (+1,21% à 3,09 euros) et Société Générale (+0,92% à 16,93 euros). Pour les baisses, Peugeot et Vallourec ont lâché respectivement 2.15% et 2.19%, et ce malgré pour cette dernière valeur un PER (Price to Earnings Ratio) le plus faible du secteur.

Notre vision

Le CAC semble buter toujours sur ses seuils techniques. Toutefois, comme de nombreux analystes, nous pensons que le risque est aujourd’hui trop fort, avant les élections en Grèce, pour donner un avis éclairé, sauf à jouer à pile ou face ce qui n’a aucun intérêt. Mais même si les urnes grecques se prononcent contre l’austérité, les conséquences sont encore floues. Selon une étude de Patrick Artus, « les investisseurs peuvent croire que les autorités européennes, la BCE, ne feront pas énormément d’efforts pour empêcher que la Grèce, l’Espagne, le Portugal sortent de la zone euro. Mais ils ne croient pas à la destruction complète de l’euro ». Peut-être aurons-nous donc lundi prochain un début de réponse. En tous les cas, il y aura du travail.

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