Après l’accueil mitigé réservé à l’étranger à propos des résultats du premier tour de l’élection présidentielle française, plusieurs tendances qui peuvent impacter l’actualité financière semblent émerger.

La première est bien sûr cette forte défiance, voire cette peur de la gauche de la part des opérateurs de marché. Cela est clairement montré par les tendances ce matin, avec des taux français qui se tendent (taux de l’OAT 10 ans qui se calme un peu par rapport à ses envolées de la mi-journée tout en s’inscrivant en hausse et en touchant les 3.089%, soit un niveau  qui reste relativement haut pour 2012 et qui rappelle les moments les plus noirs de la crise européenne), taux souveraines français qui sont donc à nouveau fortement décorrélés des taux allemands, qui demeurent la valeur refuge (d’ailleurs, en tenant compte de l’inflation, l’Allemagne se fait actuellement payer pour se financer grâce à des taux inférieurs à 1.65% pour le taux à 10 ans, ce qui est tout de même un comble et un fait inédit depuis la création de la zone euro : cela signifie que les investisseurs sont tellement averses au risque qu’ils préfèrent perdre de l’argent en investissant dans les souverains allemands). Les taux Italiens et Espagnols, à la faveur des tensions à nouveau d’actualité en Europe, continuent également à percer.

La baisse du CAC 40 qui a cette fois définitivement effacé la ruée haussière des 3 premiers mois de bourse sur 2012 (lâchant 2.83% juste sous les 3,100 points) est aussi selon certains interprétée comme un signe malheureux, tel un vol de corbeau du temps des oracles, et qui signifierait que le marché ne croit plus à une victoire de la droite et redoute un changement en faveur de la gauche, précédée par sa réputation de non-maîtrise des déficits. D’aucuns doûtent d’un effet totalement néfaste d’une investiture de Hollande, cependant ce changement là pourrait remettre en question l’axe franco-allemand centré sur la réduction des déficits et déstabiliser par la même occasion la zone euro. Tout écart financier du nouveau gouvernement mettrait aussi à mal la réputation de la France et pourrait cette fois définitivement compromettre la note souveraine du pays d’ici la fin de l’année, ce qui conduirait mécaniquement la France à subir des taux plus élevés pour financer sa dette.

Tous ces doûtes impactent l’ensemble des marchés européens (en plus de la chute du CAC de -2.83% à 3,098.37 points), comme l’attestent les replis au Royaume Uni (FTSE en retrait de 1.85%), en Allemagne (DAX en chute libre de 3.36%), ou sur l’indice phare Eurostoxx (- 2.87%). Milan et Madrid ne sont pas en reste avec des baisses notables.
Pour ajouter aux mauvaises nouvelles, le gouvernement a démissionné au Pays Bas après son aveu d’impuissance sur un accord budgétaire (et de piètres performances financières avec un déficit de près de 5% en 2011). L’indice PMI Flash composite s’est replié en France, à 46.8 points (48.7 en mars), indiquant la continuation du repli de l’activité (l’interprétation peut être toutefois l’attentisme des décideurs étant donné les enjeux de l’élection présidentielle). Seule nouvelle positive, l’indice de l’activité manufacturière se redresse pourtant quelque peu. Du côté de l’Allemagne, l’indice PMI se contracte et subit une baisse inégalée depuis 2009, ce qui n’a rien de rassurant. Le climat des affaires s’est aussi dégradé, sous sa moyenne de long terme à 100 (95 points Vs. 98 en mars).

Les résultats de l’élection présidentielle impactent sans nul doûte le marché parisien. François Hollande arrive en première position avec un score de 28,63% suivi par Nicolas Sakozy avec 27.08% des voix. Tous deux s’affronteront donc au deuxième tour, le 6 mai, comme prévu par les principaux sondeurs. Marine Le Pen établit un record avec 17.9%. Jean-Luc Mélenchon accumule quant à lui 11.11% des suffrages exprimés, François Bayrou 9.13%, Eva Joly 2.31%, Nicolas Dupont-Aignan 1,79%, Philippe Poutou 1,15%, Nathalie Arthaud 0,56% et Jacques Cheminade 0,25% (source : Ministère de l’Intérieur). La surprise du premier tour est le score élevé du front national, qui inquiète certains investisseurs étrangers, redoutant une reformation des forces politiques dans le pays. Le Financial Times Deutschland estime par ailleurs la victoire de la droite compromise (Sarkozy devant à la fois attirer l’extrème droite et le centre ce qui relève de la gageure), laissant planer le spectre de fortes tensions sur les marchés pendant plusieurs semaines et d’une recomposition du rôle de la France dans la stratégie Européenne. Moins pessimiste, le Wall Street Journal estime que « le choix de la France aura des répercussions importantes sur le reste de l’Europe. Jusqu’à présent, le pays s’est aligné sur la politique d’austérité menée en Allemagne mais François Hollande a déjà pressé ses voisins de faire plus en matière de croissance économique». Il est donc difficile de réellement prévoir la réaction des marchés malgré les signes de ce lendemain de premier tour. Du côté de la Chine, on soutient à mi-voix Sarkozy, les dirigeants chinois n’appréciant que peu le changement, ayant appris à connaître l’actuel président et étant peu réceptifs aux revendications de Hollande à propos de la convertibilité du yuan.

George Soros, le fameux ponte des hedge funds, pense quant à lui que la crise n’est pas bouclée en Europe, ce qui est notre avis, et que les dirigeants se sont réjouis trop tôt de mesures de rafistolage qui doivent être confirmées par des mesures plus fortes et un réel fédéralisme économique et budgétaire au sein de l’union, qui seul pourra résoudre cette crise sans trop de heurts. Si les mesures de la BCE ont permis de soulager les tensions et de gagner du temps, les problèmes de fond demeurent, le principal étant la gestion des déficits cumulés en Europe ainsi que la croissance totalement atone. La marge de manoeuvre est très fine. La confiance entre les pays a diminué et de vrais gaps de compétitivité sont visibles. La stratégie serait donc de maîtriser les déficits sans négliger la relance afin d’éviter une récession brutale qui gonflerait mécaniquement la poids de la dette dans le PIB. Cette vision serait donc proche du programme Hollande (excepté pour la gestion laxiste de l’argent public et pour les mesures fiscales confiscatoires qui in fine provoqueraient un recul de l’investissement ce qui n’est pas souhaitable). A moins de prendre une série de mesures d’urgence (BCE qui puisse financer directement les Etats, emprunts nationaux exceptionnels dans le cas de taux trop élevés sur les marchés, régulation bancaire claire, politique fiscale et budgétaire commune, mesures structurelles de relance, création d’euro-bonds une fois que l’intégration budgétaire fonctionnera), l’Europe est donc probablement plus proche d’une « décennie perdue » que d’une résolution de la crise.

Certes, de grandes forces résident dans l’Europe, mais prendre l’exemple de l’Allemagne ne suffira pas et ne sera pas efficace, car l’Allemagne réussit en créant des perdants et sa stratégie n’est pas tenable si tous les pays de l’UE tentent de l’imiter. La zone Euro est toujours menacée. Plus que jamais, l’Europe a besoin d’élever une voix commune pour préserver sa monnaie unique et parvenir à jongler efficacement entre désendettement et relance de la croissance. Il faut avant tout laisser du temps au temps pour que puissent se résorber les écarts intenables de niveau de vie entre les différents états membres afin que l’euro puisse redevenir une monnaie qu’on ne remet pas en question.

Au final, de grandes incertitudes demeurent, non seulement au niveau de l’issue du scrutin en France, mais aussi de la nouvelle donne en Europe.

Conseil Morning-Meeting :
La volatilité va certainement rester importante durant les deux prochaines semaines, non seulement sur les marchés action déjà très impactés mais aussi sur les souverains, avec des taux sous pression (notamment français). Une fois l’attentisme électoral passé, les opérateurs pourront amorcer rapidement ou pas, selon la stratégie du nouveau gouvernement, une reprise. Nous réitérons notre opinion selon laquelle les valorisations (notamment des financières ou du secteur automobile avec Peugeot dont la valorisation boursière vaut à peine le prix de ses stocks) sont toujours très faibles et qu’une marge de progression existe. Cette marge pourra être entamée en fonction de la résolution de la crise en Europe et des performances aux Etats Unis et en Chine. Des signes de stabilisation sont visibles même si ces dernières semaines sont loin d’être bonnes en Europe, et les premiers résultats de 2012 ne sont pas catastrophiques, nous pensons donc qu’il n’y a pour le moment pas de raison de s’alarmer outre mesure même si la stratégie qui prévaut actuellement est clairement court-termiste. Ne pas négliger les signaux techniques. Des trades intéressants peuvent être réalisés sur les bancaires en fonction de l’actualité mais à court terme uniquement pour le moment.

Ci-dessous, la tendance du CAC 40 pour le lundi 23 avril 2012, clairement dans le rouge sur l’ensemble de la journée :

A noter que le RSI entre en zone de survente (graphe 6 mois ci-dessous), ce qui laisserait présager un affaiblissement de la tendance baissière de ces dernières semaines. Nous anticipons un début de rebond technique pour demain, toutefois fragile.

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