Déjà. L’heure n’est déjà plus à la fête sur les marchés. La plupart des indices se sont aujourd’hui consolidés, clôturant en baisse notable : -2.74% pour le CAC 40, -2.84% pour le Dax, -2.30% pour le Footsie, -4.11% pour l’Eurostoxx50… En fait, il s’agit plutôt d’une correction, on voit les indices effacer une partie des gains considérables accumulés depuis le 1er janvier. Alors on est en droit de se poser des questions. A-t-on anticipé trop tôt une reprise ? Les indices mondiaux ont-ils sur réagi ? Les nouveaux doutes actuels des marchés sont-il décorrélés de la situation réelle de l’économie mondiale ? Il se pourrait en fait que la vérité soit un total mix de tout cela.

Première « mauvaise » nouvelle de la journée : un indicateur légèrement en berne, le fameux ISM des services aux Etats-Unis, communiqué aujourd’hui concernant le mois de mars selon l’Institute for Supply Management. L’indice est en effet ressorti à 56 en mars contre 57.3 en février alors que cet indice était généralement attendu par le consensus autour de 56.8. Pour mémoire, un chiffre au dessus de 50 marque une expansion (croissance de l’activité pour le secteur) et il s’agit du 27ème mois consécutif d’expansion (avec les trois composantes de l’indice, à savoir activité, commandes et emploi, toutes au dessus des 50 marquant croissance). On peut donc estimer que la donnée n’est pas si noire que cela et encore une fois, le marché a tendance à sur réagir aux indicateurs plutôt négatifs qui n’auraient même pas suscité de mouvement un tant soit peu haussier dans le cas d’une bonne nouvelle… Mais il faut aller plus loin que cela car cet indicateur ne peut expliquer la déculottée des marchés. Certes, nos amis investisseurs (pour ceux qui ne sont pas encore des machines) sont capricieux et réagissent fortement mais de là à ravager des cours pour une donnée de ce type, il y a un monde.

Alors quoi d’autre ? Qu’est-ce qui peut pousser Wall Street à la dégringolade, avec un Dow Jones qui se replie de près de 1% et un Nasdaq Composite qui n’est pas non plus à la fête (- 1.35% à l’instant où nous publions ce billet) ? Eh bien les investisseurs semblent déçus par le manque d’entrain de la Fed concernant de nouvelles mesures de soutien à l’économie. Ils ont probablement oublié tout le travail et les mesures réalisées depuis septembre 2011. Il est vrai que lorsqu’on a pris l’habitude de fonctionner sous perfusion artificielle dès que l’horizon n’est plus à 100% au beau fixe, cela fait mal d’y renoncer. Pourquoi pas. Nous ne sommes pourtant toujours pas convaincus, même si certains éléments semblent vouloir gâcher la fête de ces dernières semaines (outre l’ISM, il existe peu de signes de reprise claire malgré des créations d’emploi satisfaisantes aux USA à +209 000 en mars contre un consensus qui prévoyait +200 000). Du côté de l’Europe, Mario Draghi en sa qualité de président de la BCE, se dit inquiété par l’inflation. C’est un risque dans des périodes de quantitative easing comme en ce moment, avec un afflux d’argent peu cher du fait du travail des banques centrales pour soutenir les banques et insuffler un peu d’air frais dans une économie plus que morose. Mais il est difficile d’obtenir le beurre et l’argent du beurre, n’est-ce pas ?

Un peu plus proche de nous, l’Espagne commence à montrer quelques signes de faiblesse quant à sa capacité à se refinancer sur les marchés. En effet, une adjudication réalisée par le pays aux 23% de chômeurs a fait ressortir des taux de rendement à trois ans sur ses obligations de 2.89%, bien supérieurs aux 2.44% lors de la dernière émission de papier il n’y a même pas trois semaines, le 15 mars. Ceci indique plutôt clairement que les investisseurs ne sont pas vraiment convaincus par le nouveau plan de rigueur du gouvernement Rajoy qui propose 27 milliards d’euros d’économies et qui prévoit de ramener le déficit de l’Espagne à 5.3% du PIB cette année. Alors oui en effet, ceci est plus préoccupant mais la situation européenne n’a pas changé, les pays sont endettés et cela avait été oublié un peu facilement par les marchés qui s’étaient lancés dans une grande valse à la hausse ces dernières semaines. Quoi qu’il en soit, le bond 10 ans de l’Espagne était aujourd’hui en hausse de 19 points de base (0.19%) à 5.65% environ.

D’aucuns pourraient faire un rapprochement avec la France et les échéances électorales qui s’approchent à grands pas. Quelle sera la réaction des marchés dans le cas d’une élection de F. Hollande qui prévoit des milliards d’euros de dépenses ? On ne saurait encore le dire mais il y a probablement plus de chances que nous soyons tous percutés par la comète de Halley dès demain matin plutôt que de voir un accueil favorable des investisseurs. Enfin, pour se rassurer, jouons aux amnésiques et oublions que le FESF ne saurait être d’aucune utilité face à un défaut d’un grand pays comme l’Espagne, l’Italie ou la France. Cela reste cependant à notre sens très peu plausible, voire relevant d’une maladie mentale proche de la paranoïa. Mais ne vit-on pas dans un monde de fous ?

En bref, la journée n’était pas à la fête et l’indice synthétique VIX (le fameux indice de la peur, déjà évoqué dans certains articles plus conventionnels) est ressorti en hausse de 10% dans la journée. Cela ne présage généralement rien de bon, tout en étant cependant le strict reflet de l’état d’esprit des opérateurs de marchés à l’instant t.

Sur un plan strictement franco-français, on se retrouve au final avec 40 valeurs dans le rouge sur 40 pour l’indice phare, les replis les plus marquants, outre les bancaires, portant sur les industriels et le secteur automobile (PSA et Renault respectivement à -5.82% à 10.77 EUR et à -4.46% à 37.26 EUR, Lafarge abandonnant également 4.97% à 33.73 EUR).

Voici ci-dessous l’évolution du CAC 40 sur la journée :

CAC 40 04/04/2012

Concernant l’analyse technique, on peut signaler des moyennes mobiles 20 et 50 qui se rapprochent, un effondrement du RSI qui se rapproche de la zone de survente des 30 ce qui pourrait nous donner envie de redevenir acheteurs si un léger rebond se confirme ou si nous voyons apparaître un double bottom sur le RSI avec le CAC qui rebondit parallèlement sur son support des 3,250 points, et du côté du MACD, difficile de l’exploiter avec l’indicateur qui a croisé récemment à la hausse la ligne de signal mais se situe en terrain négatif. Les volumes sont présents et notre position est de se tenir prêt à l’achat avec des seuils extrêmement prudentiels, notre vision étant un retour à la hausse de l’indice qui devrait revenir au contact des 3,400 – 3,500 points d’ici juin sauf imprévu sur le plan macroéconomique. Rester court terme. Il est encore tôt pour affirmer que le cycle haussier est réellement cassé pour longtemps et il va falloir se tenir prêt à réagir en fonction du comportement de l’indice au contact des 3,250 points, ce qui pourrait arriver très vite. Notre vision court terme est cependant baissière.

Merci de nous avoir suivi pour ce nouveau point.

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