Le CAC 40 a aujourd’hui totalement effacé ses gains enregistrés lors des quatre dernières séances. Alors que l’indice vedette testait les 3,100 points hier après-midi, il est revenu aujourd’hui rebondir sur les 3,000 et clôturait à 3,015.58 points, lâchant 2.25%. Même tendance quoique moins marquée à Francfort et à Londres avec des baisses respectives de – 1.81% et -1.75%. A Milan, les chiffres ne sont pas meilleurs avec l’indice FTSE MIB en retrait de 1.79%. Mais c’est en Espagne, le pays au cœur de la crise européenne depuis quelques jours, que les pertes sont les plus claires, avec l’IBEX 35 Madrid en repli de 2.59%, record européen du jour. Bien sûr, ceci oriente également mal les échanges sur le continent américain où tous les indices sont en repli sans exception, déçus par les statistiques américaines, les données chinoises ainsi que la situation toujours plus difficile en Europe.

Et les nouvelles du côté de l’Espagne ont de quoi faire frémir depuis la révélation des besoins en capital de Bankia (principale banque de dépôt du pays) de l’ordre de 23 milliards d’euros. La BCE n’aurait en effet pas donné suite aujourd’hui à la proposition faite par le gouvernement Espagnol de recapitaliser la banque, jugeant la solution proposée (apport d’obligations d’Etat à Bankia pour que la banque puisse les échanger contre de l’argent frais auprès de la BCE) proche d’un tour de passe-passe qui reviendrait presque à financer directement un Etat, interdit par les statuts de la Banque Centrale (ce qui fut d’ailleurs démenti par les protagonistes). L’Espagne va donc tenter d’assainir seule le bilan de la banque via le fonds public ‘Frob’ qui fera appel au marché. Mais le pays est clairement isolé. Et à la différence de la Grèce, de l’Irlande ou du Portugal, le sauvetage d’un gros pays comme l’Espagne épuiserait les ressources financières dont dispose l’Union Européenne. Jouant peut être les oiseaux de mauvais augure pour le pays, l’agence de notation indépendante Egan-Jones a abaissé aujourd’hui la note de l’Espagne de ‘BB-‘ à ‘B’, en raison de la crise de liquidité pratiquement sans précédent qui touche le secteur bancaire espagnol. L’insolvabilité des établissements financiers du pays est de plus en plus palpable et une aide extérieure sera sans doute nécessaire car on ne sait pas combien de temps tiendra l’Espagne, actuellement en récession.

Seul point positif dans cette histoire : le recul du prix du baril de pétrole lié aux vives inquiétudes sur l’Espagne et à la hausse du dollar. A midi, le cours du Brent en mer du Nord reculait fortement à 104.7 dollars, tandis que le WTI américain perdait plus de 1.8% à 89.5 dollars. Mais même avec un Euro plus faible et un baril de pétrole moins cher, l’Europe, gagnée par ses vieux démons, ne voit que s’éloigner encore un hypothétique retour à la croissance.

Le taux à 10 ans de l’Espagne progresse à 6.6% (proche des plus hauts niveaux de 2011) et se rapproche du seuil de 7%, niveau théorique où un Etat peut perdre le contrôle de sa dette s’il n’est pas soutenu. Dans ces conditions, Madrid pourrait avoir jusqu’à 2014 et non 2013 pour revenir à un déficit public sous 3% du PIB selon la commission européenne qui cherche à soulager le pays.

En France, une autre (mauvaise ?) nouvelle est tombée après la clôture des marchés européens : le chômage ressort en hausse de 0.1%, un niveau que l’on peut modérer avec seulement 4,300 personnes au chômage en plus par rapport à mars, ce qui semble indiquer une stabilisation qui serait un signe plutôt positif.

En conséquence, les principaux indices boursiers européens tombent sur des niveaux de possible rupture à la baisse. Il en est de même pour la parité euro dollar, avec des supports qui cèdent les uns après les autres et un euro qui vaut maintenant moins de 1.25 USD. Le prochain seuil est celui des 1.20, niveau rarement atteint par le passé. Nous pouvons même sans trop de risque anticiper en retour sur les 1.15 USD pour 1 EUR dans le cas d’un évènement négatif en Grèce le mois prochain. La situation, très préoccupante, ne pourra être jugulée à court terme qu’avec une intervention du Mécanisme Européen de Stabilité Financière et une série de mesures de la part de la BCE notamment en ce qui concerne la relance de son programme de rachat de titres d’Etats. Sans cela, l’euro sera inlassablement attaqué et après la Grèce et l’Espagne, quel autre Etat sera au centre des préoccupations ?

Pourtant, signe peut être plus positif, la commission européenne a publié aujourd’hui une liste de recommandations en ce qui concerne les mesures budgétaires et les réformes à mettre en place dans les pays de l’UE afin de pouvoir renouer avec la croissance et de sortir des tensions financières : « Aujourd’hui, la Commission a pris des décisions importantes, qui définissent les mesures qui doivent être prises désormais, tant au niveau national par chacun de nos États membres qu’au niveau de l’UE, pour accroître notre compétitivité, donner une impulsion à la croissance et à l’emploi et renforcer notre union économique et monétaire de manière décisive », a expliqué le président de la Commission, José Manuel Barroso. Paradoxalement, après avoir appelé à l’austérité, la Commission estime que si les Etats membres « prennent, dans l’ensemble, les mesures nécessaires à un retour à la viabilité », dans plusieurs cas « les efforts d’assainissement devraient davantage favoriser la croissance ». L’exécutif exhorte les gouvernements à agir contre le chômage, notamment en améliorant la productivité et en assurant une meilleure adéquation des compétences et des formations aux besoins du marché du travail. La Commission a aussi pavé la voie pour parvenir à une pleine union économique et monétaire, y compris une union bancaire; « Il s’agit de mettre en place une surveillance financière et des systèmes de garantie des dépôts à l’échelle de la zone euro », préconise l’institution. Dans le détail, le « paquet » de proposition se compose de « trois éléments distincts mais étroitement liés ». Il comprend tout d’abord 27 ensembles de recommandations par pays, plus un pour l’ensemble de la zone euro, concernant les politiques budgétaires et économiques. La Commission a aussi publié le résultat des bilans approfondis entrepris en début d’année pour douze États membres considérés comme exposés à un risque de déséquilibres macroéconomiques. Sa conclusion est que, si ces douze pays présentent effectivement des déséquilibres, aucun de ceux-ci n’est encore excessif. Enfin, la Commission recommande au Conseil de clore la procédure de déficit excessif engagée à l’égard de la Bulgarie et de l’Allemagne. Elle propose également une décision du Conseil constatant que la Hongrie a pris des mesures suivies d’effets pour corriger son déficit excessif et mettant fin à la suspension des engagements du Fonds de cohésion en sa faveur pour 2013. » Source : cercle finance, boursier.com

Dans les jours qui viennent, l’agenda sera décisif pour l’euro. Le 6 juin la BCE prendra une décision sur les taux directeurs. Le 17 juin, nous connaîtrons le résultat des élections législatives en Grèce et donc en saurons plus sur la probabilité de sortie de la zone euro. Les 19 et 20 juin, la Fed dira si oui ou non elle compte poursuivre sa politique expansionniste.

Ci-dessous, le graphe EUR-USD sur les 6 derniers mois, mettant en relief le plus bas touché récemment et la rupture à la baisse subie en mai. Même si le RSI semble indiquer que l’euro est proche d’être survendu, le contexte fait que le seuil de 1.20 est en ligne de mire.

 

Source: Bloomberg markets

Du côté des valeurs, la news du jour concerne le Canadien RIM (Research in Motion), fabriquant des smartphones BlackBerry. Le premier trimestre 2012 est ressorti dans le rouge en raison de pertes en termes de parts de marché et d’un environnement de prix plus agressif. Des banques d’affaires ont été mandatées pour conduire une revue stratégique de l’activité du fabricant. Sanctionné en bourse, RIM perdait 10% à 10.08 dollars à l’ouverture des marchés US.

La tendance du CAC dans la journée ci-dessous. Nous attirons l’attention sur le brusque mouvement haussier aux environs de 13h30 à la faveur de rumeurs concernant un soutien de l’Espagne par la BCE et un « sauvetage collectif » des banques européennes. Cette variation extrêmement rapide dans les cours, de l’ordre de quelques nanosecondes, est due à des robots de trading.

 

 

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