Evening-Meeting du 05/04/2016

Evening-Meeting du 05/04/2016

Bienvenue sur notre Evening Meeting du 05 Avril. La situation sur les marchés est redevenue instable, avec davantage de volatilité par rapport à ce que nous avons connu au début de l’année et ce sur plusieurs classes d’actifs, principalement les actions, mais aussi à nouveau les matières premières. Des mouvements sont aussi visibles sur l’obligataire, principalement souverain, ainsi que le forex. Nous assistons à une sorte de transition, avec de nouvelles incertitudes qui se lèvent. Alors n’attendons plus et suivons notre format habituel, classe par classe !

Actions – Déprime et une fausse-couche

Une fin de semaine et un nouveau début de semaine difficile pour les actions, particulièrement au Japon et en Europe. En France, le CAC 40 s’inscrit en repli de 2.18%, à 4,250 points, soit une baisse de 8.3% depuis le début de l’année et un retour d’un mois en arrière. Constat guère plus réjouissant pour les autres indices internationaux Européens: DAX de Francfort en baisse de 2.6% (-11% sur l’année), FTSE MIB de Milan qui perd 3% (-20% depuis le 1er Janvier). Londres résiste mieux avec une petite baisse de 2.4% depuis le 1er Janvier.

Le Nikkei de Tokyo est assez affecté récemment avec plusieurs séances consécutives de baisse notable (clôture à -2.42% aujourd’hui sous les 15,750 points) mais parvient à enregistrer une timide hausse sur les premiers mois de lannée (+5.22%, combien de temps tiendra-t-elle ce rythme ?). Au final, seuls les indices Chinois continentaux et Taiwanais parviennent à sauver les meubles depuis Février, au prix d’une baisse de 20% en moyenne subie en Janvier, notamment par le Shanghai Composite (qui a déjà effacé un tiers de cette baisse, lentement, sur les 2 derniers mois).

Peu réjouissant - CAC 40 -100 points / Source Boursorama

Peu réjouissant – CAC 40 -100 points / Source Boursorama

Une période de déprime donc, mais quelle en est la cause ? Elle est selon nous multiple. Tout d’abord, le mouvement haussier sur le pétrole s’est interrompu et nous sommes entrés dans une période plus incertaine en raison de désaccord sur les niveaux d’offre (entre l’Arabie Saoudite d’une part et l’Iran d’autre part, à suivre plus bas dans notre analyse sur le pétrole). Cette hausse des cours du baril de brut avait en effet tiré considérablement les indices actions vers le haut en Février jusqu’à mi-mars. Deuxièmement, les signaux envoyés par la Fed en termes de politique monétaire sont contradictoires : des déclarations mentionnent de probables hausses sur l’année 2016, tandis que d’autres rejettent cette possibilité étant donné la volatilité plus importante sur les marchés financiers mais aussi concernant les risques auxquelles l’économie Américaine fait face. Une hausse des taux est toujours perçue majoritairement comme une mauvaise nouvelle, signe que le cycle de l’argent gratuit prendrait fin alors que nos opérateurs de marchés-junkies y sont habitués depuis des années (ça passe vite 8 ans dans un état hallucinatoire). Pourtant, il y a de bonnes nouvelles, comme ces 200,000 créations d’emplois aux Etats-Unis au mois de Mars, ou la croissance qui semble repartir doucement en Europe (merci l’effet pétrole et l’effet euro bas !), malgré les nouvelles du jour (commandes industrielles mitigées sur le début de l’année, faible rebond du PMI Market sur le secteur privé en zone Euro…).

Concernant la France, avant de clore le chapitre sur les actions, la news principale c’est l’échec des négociations autour de la fusion Orange-Bouygues (ou plutôt l’acquisition de Bouygues par Orange) en raison de désaccords stratégiques entre les principaux acteurs (Martin Bouygues, Stéphane Richard d’Orange, Xavier Niel d’Iliad-free et Patrick Drahi de SFR-Numéricable, sans compter l’Etat). Le résultat a été sans appel : la déception engendrée sur les marchés a entrainé Bouygues, Orange, Numéricable et Iliad dans son sillage, avec des baisses de 15% de l’action en moyenne pour Numéricable, Bouygues et Iliad. Le vieil adage ‘acheter la rumeur, vendre la nouvelle’ a encore fonctionné ! Mais le plus intéressant ce sont les déclarations de Stéphane Richard d’Orange à propos du marché qui est finalement viable à 4 opérateurs en France. On nous disait que ce n’était pas tenable, en fait le but était simplement de retrouver un statut de cash-machine, au détriment du consommateur. Ce n’est pas fini, Orange étant désormais ouvert aux deals internationaux (peut-être avec Telecom Italia) ? Préparez votre porte monnaie, la guerre des prix sur les forfaits, c’est fini !

Le secteur Auto a aussi été entouré aujourd’hui, avec la présentation du nouveau plan stratégique de Peugeot ‘Push to pass’, jugé peu convaincant avec des objectifs de rentabilité opérationnelle trop modestes. Le titre signe la plus forte baisse du CAC 40 à -6.5%, le reste du secteur Auto n’est pas en reste.

Obligataire – La Suisse, pays du Survivalisme ?

Du côté du fixed income, c’est un peu plus calme. Bien-sûr, la politique de taux zéro ou négatifs en Europe a eu son effet sur tous les pays de la zone Euro impactés par les décisions monétaires de la BCE. L’OAT Française 10 ans paye seulement 0.4% contre 0.64% il y a un mois, le Bund Allemand (10 ans) est à 0.13% (!), l’Italie et l’Espagne sont sous les 1.5% soit moins que les Etats-Unis (pratique pour un pays, l’Espagne, qui a déclaré récemment un déficit budgétaire de plus de 5%), le Portugal sous les 3% et même la Grèce, qui est à 9.2% malgré l’épée de Damoclès (fiers de notre allusion) des nouvelles tranches d’aide et des discussions à venir avec le FMI. Le plus amusant ? La Suisse, décidément considérée pire qu’un pays refuge, qui paye -0.4% sur sa dette à 10 ans. Ah non pardon. Que les investisseurs payent 0.4% sur sa dette à 10 ans, pour avoir le droit d’y déposer leur argent car ils ne savent pas quoi en faire et ont trop peur du monde extérieur pour l’investir dans des actifs plus risqués.

Spreads de taux Souverains et rendements - Avril 2016

Spreads de taux Souverains et rendements – Avril 2016

Du côté des bonds, les indices Investment Grade (ratings au dessus du BBB) et High Yield (ratings de moins bonne qualité, sous le BBB) voient leurs rendements et leurs spreads baisser globalement, signe d’une tension beaucoup plus faible qu’en début d’année, notamment sur les financières. Les CDS (Credit Default Swaps) sont aussi à des niveaux plus faibles, avec toujours des secteurs comme les financières et les Industriels encore considérés comme plus risqués par le marché de par des CDS plus élevés.

Spread sur Euro High Yield - le pic semble passé

Spread sur Euro High Yield – le pic semble passé / Source : Boursorama

Matières premières – Le Keffieh dans tous ses états

Du côté du pétrole, l’équation devient plus difficile. Si à long terme il fait peu de doûte que le mouvement haussier s’amplifiera au vu du prix du baril faible et du rééquilibrage Offre/Demande en cours, à court terme il existe un certain nombre de facteurs venant contrarier le mouvement haussier. Tout d’abord, la prochaine réunion du l’OPEP prévue le 17 Avril pourrait indiquer la marche à suivre quant à un gel de la production afin de diminuer la surabondance d’offre qui a été l’un des éléments expliquant la chute du prix du baril en 2015. Cependant on attend un geste de l’Iran qui, de retour sur la scène des exportateurs après la levée des sanctions, ne l’entend pas de cette oreille. Sans geste de l’Iran, il est probable que l’Arabie Saoudite n’ira pas plus loin que la situation actuelle en termes de réduction de l’offre. La baisse des prix du baril, maintenant évoluant entre 38 et 39 USD pour le Brent, s’explique par les anticipations assez négatives du marché quant à ce qui ressortira de cette réunion. Et la réduction de la production de pétrole de schiste aux Etats-Unis n’y a rien fait ces 2 dernières semaines : le baril de Brent n’est pour l’heure pas parvenu durablement à dépasser le seul des 41 USD.

Fait intéressant pour le futur : les investissement sur l’exploitation de nouveaux gisements par les compagnies pétrolières ne représentent que 70 à 75% des capacités actuelles, ainsi le rééquilibre Offre – Demande est donc bien en marche sur le long terme. Pour l’heure, les prochaines résistances sont autour de 40.5 USD et au-dessus de 44 USD. Le RSI s’approche de sa zone d’achat.

Pétrole Brent - Analyse Graphique

Pétrole Brent – Analyse Graphique / Source: Investir

Concernant les autres commodities, un mot sur l’Or qui résiste bien au-dessus de 1,230 dollars l’once. Les métaux précieux en général restent bien orientés et gagnants sur l’année de 7 à 15% selon les métaux. Ordre dispersé sur les céréales.

Devises – la bataille des taux négatifs

Du côté des devises enfin, l’EUR reste dans la jauge 1.13-1.14 USD, l’appréciation du dollar s’essouffle quelque peu mais les incertitudes en termes de croissance et d’inflation en zone euro et en termes de calendrier de la hausse des taux aux Etats-Unis engendrent des mouvement erratiques et pas de réelle tendance. Pour résumer, en cas de non hausse des taux aux US, l’euro pourrait se raffermir. En cas de calendrier accéléré, qui reste un scénario alternatif mais non le base-case, l’euro pourrait revenir vers des niveaux plus proche de 1.10. Nous pensons que l’euro a toute les chances de dépasser les 1.15 avant la mi-année. En ce qui concerne les autres devises, la livre Sterling poursuit sa dépréciation : au-dessus de 1.40 EUR en Décembre 2015, elle vaut aujourd’hui 1.25 soit une dépréciation par rapport à l’euro de plus de 10% en 4 mois. L’effet Brexit commence à se faire ressentir avec des sondages pour le OUI et le NON beaucoup plus proches que par le passé. Si la Grande Bretagne quittait l’Union Européenne, il est à prévoir à court terme une dépréciation non négligeable de la Livre Sterling. Enfin, en Asie, le Yen poursuit son ascension et confirme l’échec des Abenomics : la croissance économique et sur les indices boursiers était due à la dépréciation du Yen mais le moteur de cette baisse du Yen est cassé. Avec des taux négatifs la Banque Centrale ne parvient plus à faire baisser sa monnaie. Il faut dire qu’il y a beaucoup de taux négatifs en ce moment, la concurrence est rude !

Matrice des principales devise / Source : Boursorama

Matrice des principales devise / Source : Boursorama

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