YES or NO? Accrochez-vous jusqu'au 23 Juin !

YES or NO? Accrochez-vous jusqu’au 23 Juin !

 Tout investisseur ou amateur d’économie et de finance l’aura remarqué, de nombreux facteurs de volatilité ont un impact non négligeable sur les marchés depuis le début de l’année. Par marché, nous entendons à la fois les marchés action, mais aussi l’obligataire, de même que les matières premières et les devises. Les turbulences concernent donc l’ensemble des marchés, avec des tendances parfois claires, mais aussi de brusques accélérations de la volatilité qu’il est souvent difficile d’expliquer autrement que par des poussées de soulagement ou de panique émanant des investisseurs et il s’agit donc dans ce cas précis de mouvements court-terme. Par impact, nous entendons donc ces mouvements, parfois erratiques, parfois explicables, affectant ces marchés (correction des indices action d’environ 15% depuis le début de l’année, ruée vers les placements obligataires moins risqués comme les grands souverains à nouveau plebiscités, baisse des prix des matières premières et de l’énergie, stabilisation de l’euro à un niveau faible et dépréciation de la livre Sterling. Enfin, par facteurs, nous entendons les grandes tendances suivantes :

 – contexte de surproduction de pétrole avec l’arrivée de l’Iran sur le marché, la stabilisation de la production Saoudienne et l’effet schiste aux Etats-Unis, couplé à une baisse voire une stabilisation de la demande globale;

 – ralentissement de la Chine en raison de la transition économique amorcée depuis 2 ans;

 – ralentissement et souvent régression des grands émergents (Brésil, Afrique du Sud, Russie…quant à l’Inde, il est difficile de faire un quelconque pronostic, la croissance y étant très instable et l’inertie politique importante);

 – craintes au niveau de la croissance mondiale en général et même de la croissance américaine en particulier (impact possible du reste du monde);

 – contexte de taux très faibles voire négatifs, ce qui constitue une anomalie économique dans laquelle le monde s’enfonce vers des horizons inconnus historiquement, avec des Banques Centrales qui n’ont que très peu de munition en cas de déflation et/ou de récession (situation de véritable nouveau paradigme);

 – croissance Européenne extrèmement faible avec des craintes de connaître une « décennie perdue » à la Japonaise…tout ceci sans parler de l’instabilité politique en Europe : populismes, remises en question des accords comme Schengen et last but not least, la possibilité concrète d’un Brexit, c’est à dire la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne.

Le temps est donc venu, pour cet evening-meeting, de faire le point sur le Brexit et ses effets !

Le Brexit, pourquoi ?

Le Brexit, qui rappelle un autre néologisme à la mode en 2015 (le Grexit) consiste en la sortie du Royaume-Uni de la zone Euro, sortie qui serait choisie par le pays lui-même, à la différence du Grexit qui consistait en la mise à l’écart éventuelle de nos amis grecs en cas de banqueroute.

Mais d’où vient ce Brexit ? Tout a commencé lors de la campagne du Premier Ministre britannique David Cameron, pour son second mandat. Cette campagne a été marquée par un sentiment anti Européen de plus en plus fort. Enfin, ne disons pas anti-Européen ou Euro-sceptique comme les grands médias de désinformation. Il faudrait plutôt dire que le sentiment national, insulaire, Britannique s’est renforcé au détriment du sentiment d’appartenance à une communauté Européenne, qui n’a jamais été d’ailleurs très puissant en Grande-Bretagne. Egalement, de nombreuses personnalités politique, au premier rang desquelles Nigel Farage du mouvement UKIP (UK Independance Party), ont réclamé un droit d’inventaire au motif que les institutions européennes gènent le plein développement du Royaume-Uni qui serait aujourd’hui dépossédé de sa souveraineté.

Pour sécuriser l’élection dès début 2015, David Cameron a donc promis un référendum pour laisser la possibilité au peuple de choisir, s’il décidait de voter pour lui et de lui confier à nouveau le 10 Downing Street, si oui ou non la Grande-Bretagne souhaitait continuer à faire partie de l’Union Européenne au même titre que l’Allemagne ou la France.

Enfin…au même titre, si l’on fait abstraction du fait que le Royaume-Uni ne fait ni partie de l’Espace Schengen, ni de la zone Euro. Ce qui change déjà la donne et indique clairement que le pays n’est pas soumis aux mêmes règles que d’autres pays d’Europe Continentale dans le sens ou le Royaume-Uni est par conséquent beaucoup plus souverain que ceux-ci pour la gestion de ses frontières et de sa politique monétaire tout du moins. Ce qui est déjà beaucoup n’est-ce pas ?

De fil en aiguille, ces déclarations concernant le référendum ont été atténuées et on a ensuite parlé de négociations avec les institutions de l’Union Européenne afin d’obtenir des « concessions » s’appliquant au Royaume-Uni, dans l’optique d’un référendum prévu d’ici 2017. En substance, si les mesures demandées par la Grande Bretagne sont acceptées par l’Union Européenne, David Cameron sera partisan d’un maintien du pays dans l’Union. Dans le cas contraire, il ferait campagne pour le Brexit. Nous avons déjà énuméré et détaillé les 4 grandes mesures d’exception demandées par le Royaume-Uni (limite de certaines aides sociales aux ressortissants de l’UE récemment établis au Royaume-Uni, possibilité pour lepays de participer aux décisions monétaires affectant la zone Euro, possibilité de veto pour certaines décisions de l’UE donc un renforcement du pouvoir du parlement Britannique, une réglementation européenne pouvant être assouplie…). Ces mesures ont été présentées en Novembre 2015 au président du Conseil Européen (Donald Tusk). Les négociations ont donc eu lieu récemment, avec un accord de l’UE (Conseil Européen) après deux jours de négociations les 18 et 19 Février 2016. Négociations ayant donné satisfaction à M. Cameron et aux représentants du pouvoir Britannique : ainsi, le Premier Ministre défendra un maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne à la faveur d’un référendum maintenant avancé au 23 Juin 2016.

Le Brexit, comment ?

On ne dispose que de peu de détails concernant la mise en oeuvre d’un Brexit qui reste encore aujourd’hui hypothétique. Cependant, ce qui est sûr, c’est que le Royaume-Uni dans sa composition politique actuelle est contre une Union politique, en témoigne la demande de retirer la mention « pour une Union sans cess plus étroite » des textes officiels Européens. Le droit de regard sur la politique monétaire demandé par le Royaume-Uni est aussi un moyen d’être plus impliqué dans les affaires de la zone Euro, le pays considérant qu’il existe un impact non négligeable de cette politique européenne sur sa propre économie et politique monétaire. Le but encore une fois du Royaume-Uni est de défendre ses intérêts. La Grande-Bretagne, ses politiciens, son opinion publique, considèrent de moins en moins avoir besoin de l’Union Européenne : une divergence d’intérêts de plus en plus large se fait sentir et la situation actuelle, sans processus politique net, semble convenir parfaitement au pays : un peu dedans, un peu dehors. Mais en est-il de même pour l’Europe continentale, le reste de l’Union Européenne ? Est-ce dans son intérêt de conserver en son sein un pays qui pourrait peut-être aussi bien se passer de l’UE et, par cette décision, handicaper d’une certaine manière le processus de construction européenne ? Il faut se poser la question.

Le Brexit, quelles conséquences ?

Les conséquences pourrait être diverses. Elles ont été parfaitement résumées par le Financial Times qui propose 3 pistes de sortie :

 – Premier scénario : un bond économique – le Royaume-Uni s’en porte mieux !

Scénario 1 - Source: Financial Times

Scénario 1 – Source: Financial Times

On verrait donc ici le Royaume-Uni profiter de cette sortie de l’Union Européenne grâce à un retour vers le libéralisme et la performance, avec un pays libéré des normes et du protectionnisme Européen. L’impact sur la devise Britannique ne serait pas important : la livre Sterling se maintiendrait. Pas de panique sur les marchés non plus : les relations resteraient de bonne qualité et le commerce avec l’Union Européenne ne serait que peu affecté de la sortie du pays.

 – Second scénario : une difficile transition – le pays s’en sort mais au terme de temps troublés

Scénario 2 - Source: Financial Times

Scénario 2 – Source: Financial Times

Ce scénario porte principalement sur une dépréciation de la livre Sterling. Si effectivement le Royaume-Uni peut rester indépendant de l’Union Européenne économiquement parlant, si des accords (économiques, commerciaux, en termes d’immigration également) sont passés avec l’UE, le fait que le pays soit dehors pourrait ne pas changer drastiquement la donne. Cependant un ajustement serait nécessaire le temps de construire la nouvelle relation. Un des effets à court terme serait probablement une dépréciation de la Livre Sterling, ce qui pourrait à terme rendre les exportations Britanniques plus compétitives et participer au redressement.

 – Troisième scénario : la récession – crise et réajustement violent

Scénario 3 - Source: Financial Times

Scénario 3 – Source: Financial Times

C’est le pire scénario. Une décision de sortie qui s’avèrerait désastreuse. Cela pourrait être le cas si l’économie du Royaume-Uni bénéficie grandement de l’appartenance à l’Union Européenne. Une récession aurait alors lieu suivie d’une croissance molle. Le pays y perdrait incontestablement et perdrait également à terme sa place de seconde économie Européenne. La relation avec l’Union Européenne en serait encore plus compliquée et la City ne pourrait plus bénéficier, faute d’accord, de la main d’oeuvre issue de l’UE, ainsi que d’une grande partie des flux financiers originaux.

Notre avis ?

Il est fort probable que si Brexit il y a (il ne faut pas écarter cette possibilité car malgré les chantages et les pressions, les citoyens Britanniques restent souverains sur cette question et les différents sondages montrent le OUI et le NON au coude-à-coude), l’effet serait entre les scénarios 1 et 2. Le Royaume-Uni est déjà en partie hors de l’Union Européenne : hors Schengen, hors zone-Euro, il est comme on l’a dit assez peu impliqué dans la construction de l’UE. Les concessions demandées étant acceptées (avec une grande part de bluff il faut bien le dire), le chemin pris par la Grande-Bretagne ne change pas et se renforce au contraire vers une plus grande indépendance.

En cas de Brexit, la sortie se ferait en concertation avec l’UE. Des traités supplémentaires seraient signés (avec de la volatilité sur les marchés pendant ce temps bien-sûr, mais un effet qui ne perdurerait probablement pas), afin de garantir au pays des conditions avantageuses (si ce n’est identiques) en termes de droit de douanes et de liberté de circulation des capitaux et des personnes.

Si l’on raisonne de manière totalement indépendante, on peut même se dire qu’une sortie du Royaume-Uni pourrait être une bonne chose pour tout le monde :

 – Pour le Royaume-Uni tout d’abord, qui retrouverait l’indépendance qui semble tant lui manquer. Il s’agirait d’une indépendance en termes de politique économique et de directives (indépendance totale des parlements locaux vis a vis des institutions de Bruxelles), car pour ce qui est de l’indépendance monétaire et migratoire, le pays les possède déjà. Le Royaume-Uni pourrait continuer à s’affirmer comme l’un des centres indépendants de la finance mondiale, si toutefois l’accès aux marchés Européens reste privilégié et si les capitaux peuvent circuler de manière suffisamment libre et à peu de frais. En termes d’immigration, les règles pourraient probablement aussi changer : plus de recentrage sur l’Europe, mais une plus grande ouverture au monde, peut-être avec de nouvelles exemptions de visas pour de nouveaux pays et des permis de travail simplifiés. Ceci peut tout à fait se faire hors du cadre de l’Union Européenne. Pour les ressortissants Européens, il est probable que cela ne change pas non plus grand chose, les citoyens des pays d’Europe de l’Ouest seraient probablement exemptés de visas, ils seraient toujours contrôlés à la frontière comme d’habitude. Peut-être qu’un permis de travail assez laxiste serait mis en place, une formalité, car la Grande-Bretagne, terre de libéralisme depuis Thatcher, est consciente de ce qu’elle a à gagner en attirant les meilleurs talents. Et le secteur financier est en cela très gourmand.

 – Pour le reste de l’Union Européenne, il est possible qu’une sortie du Royaume-Uni ait des effets positifs, un peu comme une épine retirée du pied. Il y aurait un recentrage sur l’Europe Continentale et les réformes vers plus d’intégration pour les pays restants seraient probablement plus rapidement et mieux mises en oeuvre. Le projet d’une Europe mieux intégrée, avec un cadre fiscal unique et une meilleure intégration politique, pourrait revenir parmi les sujets importants. Et la décision du Royaume-Uni ferait peut-être aussi revenir la volonté et la souveraineté des peuples sur le devant de la scène, pour choisir leur avenir. On peut toujours rêver.

Certes, des perturbations économiques et financières auraient lieu, peut-être une petite panique pendant quelques semaines. La Livre Sterling pourrait se déprécier et l’Euro se renforcer légèrement à terme.

De toutes façons, les effets sur les marchés se feront sentir : nous verrons encore plus de volatilité jusqu’au référendum du 23 Juin. Et après, quel que soit le résultat, il est impossible de prédire l’avenir de l’Union Européenne et de la zone Euro : en cas de Brexit, il faudra gérer la rupture et reconstruire une forme de relation nouvelle, privilégiée et mutuellement bénéfique; tandis qu’en cas de maintien dans la zone Euro, les concessions accordées par le Conseil Européen à David Cameron forment déjà un très mauvais signal pour d’autres pays intéressés par une Europe à la carte. On sait comment tout cela commence, jamais comment cela finit.

Et sur les marchés aujourd’hui ?

Point rapide sur les marchés en fin de journée du 24 Février 2016, Evening-Meeting oblige :

  • Marchés action en baisse : -1.96% pour Paris avec un CAC de retour autour de 4,150 points, -2.64% à Francfort, -1.60% à Londres, la Grèce s’effondre de 3.99%, baisse aussi aux Etats-Unis avec -1.25% pour le Dow Jones et -1.20% pour le Nasdaq à l’heure de cette publication. Tokyo a clôturé à -0.85% et Hong-Kong à -1.15%. Shanghai se redresse avec +0.88% pour le Composite, perdant 18% sur l’année en cours (YTD).
La journée du 24/02/2016 sur le CAC 40 - Source: Yahoo Finance

La journée du 24/02/2016 sur le CAC 40 – Source: Yahoo Finance

  • Raisons des tensions après un redressement notable ces derniers-jours : perspective d’une production de pétrole stable qui pèse sur les prix du baril (tout du moins à court terme), matières premières en baisse encore en raison des doûtes sur la performance de l’économie mondiale, valeurs refuges à nouveau plebiscitées : la confiance des investisseurs n’est pas au beau fixe. Aux Etats-Unis, l’indice flash PMI Markit pour le secteur des service est tombé sous les 50% (en contraction, une première depuis Octobre 2013) alors que le consensus Bloomberg était estimé à 53.5. Et en Europe, le Brexit commence à peser. HSBC a d’ailleurs publié une étude estimant, comme nous le pensions également, que la Livre Sterling pourrait se déprécier de 20% en cas de Brexit…alors prenez votre temps si vous comptez investir dans l’immobilier Londonien : attendez le 23 juin !
  • Du côté de l’obligataire, voici la situation chez les Souverains :
Taux Souverains à 10 ans - Source: Boursorama

Taux Souverains à 10 ans – Source: Boursorama

La plupart des taux sont en baisse. Le yield est notamment passé de 1.8% à 1.7% aux US en quelques jours. L’Allemagne tombe sous les 0.15%. La France se rapproche des 0.4%. Le Portugal, l’Italie, l’Espagne, l’Irlande et la Grèce restent à des niveaux assez stables : les spreads sont en hausse encore une fois !

Spreads par rapport à l'Allemagne - Source: Boursorama

Spreads par rapport à l’Allemagne – Source: Boursorama

 

  • Quelques mots sur les émetteurs en pleine lumière aujourd’hui. Tout d’abord Peugeot qui se stabilise en hausse de 1.2% après avoir bondi de plus de 6% dans la journée, avec une bénéfice net de près de 900 millions d’euros en 2015 (pour mémoire, l’exercice 2014 avait fait ressortir une perte nette de plus de 700 millions d’euros), un CA en hausse de 6%, une marge opérationnelle de 5% (l’objectif était de 2% en 2015) et un free-cash-flow positif. La restructuration et les efforts ont donc porté leurs fruits, avec une dynamique des ventes favorables dans les zones EMEA et Asie Pacidique (hors Chine). Rexel signe une belle progression, en hausse de plus de 5%, grâce à une communication de Cevian Capital, un fonds activiste, qui détient maintenant plus de 5% du capital du groupe. Du côté du rouge, ce n’est pas le jour pour Euronext, le titre de l’opérateur boursier lachant plus de 8% en raison de discussions à propos d’une possible fusion entre LSE (London Stock Exchange) et Deutsche Börse ce qui nuirait à Euronext en termes de compétitivité, surtout depuis la séparation avec NYSE en 2014. Et côté Energie, encore une fois Schlumberger souffre et cède 4.5% malgré des indicateurs graphiques militant pour une hausse. Le titre n’a cependant laché que 1.7% depuis le 1er Janvier (contre un benchmark à -11%).

 

 

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