'Don't worry, c'est juste une mauvaise passe !' - C'est cela.

Don’t worry, c’est juste une mauvaise passe !

 Une belle journée de baisse se profile encore sur les marchés. Et c’est une bonne occasion pour faire le point sur l’ensemble des marchés de capitaux, equities & bonds.

Au niveau des actions tout d’abord, après une semaine difficile, les marchés s’orientent de nouveau vers une baisse marquée qui découle de plusieurs facteurs accentuant les craintes concernant l’état de l’économie mondiale :

1/ en Europe en raison de la croissance qui reste très poussive;

2/ sur la Chine avec le ralentissement dont les conséquences ne sont pas encore tout à fait claires, avec notamment la diminution (toute relative, mais bonne à noter) de ses réserves de change, au plus bas depuis 3 ans);

3/ les incertitudes sur la croissance Américaine qui sort encore du lot mais dont la pérennité n’est pas assurée;

4/ la chute de marchés émergents majeurs, comme la Russie ou le Brésil du fait de l’effondrement des prix des commodities via une faible diversification de ces économies, mais aussi car ces dernières subissent les effets collatéraux des retraits de fonds massifs des actifs risqués (à voir plus bas);

5/ les prix du pétrole toujours très faibles (analyse disponible ici);

6/ le fait que les investisseurs, enfin, commencent à se poser la question des conséquences de 8 ans de politique de taux zéro par les Banques Centrales (les prix de certains actifs sont trop élevés, avec un risque d’éclatement de certaines bulles en formation, cela a déjà commencé mais il reste encore à les identifier précisément).

Selon une étude datée du 05/02 de Bank of America – Merrill Lynch, les fonds actions ont enregistré d’importants dégagements la semaine dernière, pour une cinquième semaine consécutive (-10 milliards de dollars US sur la période). Ces niveaux de rachats n’atteindraient pas cependant les niveaux pouvant indiquer une forte récession de l’économie ou un cycle baissier durable et prononcé sur les marchés. Toujours est-il que les marchés émergents sont, comme dit plus haut, très impactés avec des sorties nettes de -800 millions de dollars sur les fonds en actions. Et -700 millions sur les fonds obligataires, nous allons en discuter ci-dessous. Les analystes parlent de « saine correction ». Commendaire très audacieux, ils ne peuvent pas se tromper, cela commence toujours ainsi ! Pareil avec le VIX d’ailleurs (l’indice de la peur) :

Le VIX, ou 'Fear Index'. Encore bien au dessus de sa moyenne de long-terme... Source: Yahoo Finance

Le VIX, ou ‘Fear Index’. Encore bien au dessus de sa moyenne de long-terme…
Source: Yahoo Finance

Le résultat de tout ceci, c’est donc encore des dégagements importants, avec Paris qui clôture en baisse de 3.2% (le seuil psychologique des 4,000 points est en passe d’être attaqué !) à 4,066 points (un plus bas depuis un an !), Londres à –2.7%, Francfort à –4.4% et l’Europe du Sud à –4.4% pour l’Espagne et –6.7% pour l’Italie !

Mais les marchés action ne sont que la face émergée de l’iceberg. Du côté de l’obligataire, la vision est encore plus claire sur le sentiment général affectant les marchés depuis la fin de l’année 2015. Sur les Souverains tout d’abord, il est intéressant de noter la baisse marquée des rendements des obligations d’Etat depuis plusieurs semaines : le 10 ans US paye maintenant 1.8% contre 1.9% il y a une semaine ; en France le yield de l’OAT 10 ans est aujourd’hui sous 0.6% contre 0.65% la semaine dernière; en Allemagne on est à 0.25% pour le Bund. Notons que les émissions actuelles de l’Allemagne jusqu’à une durée de 7 ans sont à un taux négatif, un record : concrètement, les investisseurs payent l’Allemagne pour s’endetter ou en d’autres termes, ils préfèrent payer une prime pour placer leurs fonds en sécurité, auprès d’un émetteur de qualité. C’est donc bien encore une fois à une fuite vers la qualité à laquelle on assiste. Quand on préfère placer à taux négatif plutôt que prendre le risque de, peut-être, gagner de l’argent, une chose est certaine : la peur est de nouveau de la partie sur les marchés (fait confirmé par le VIX) !

Une autre constatation qui caractérise très bien les périodes comme celle que nous vivons depuis un mois, c’est la différence de traitement réservée aux émetteurs. Nous avons vu que les pays dits ‘Core’, c’est-à-dire les pays considérés, à juste titre ou non, comme les plus solides de la zone Euro (Allemagne, Pays Nordiques, France également mais pour les mauvaises raisons) sont très recherchés. Cependant, les pays dits ‘Périphériques’ subissent le contrecoup. Et cette divergence n’est visible que depuis une semaine, preuve que la situation évolue rapidement. Le rendement du 10 ans Italien est aujourd’hui de 1.6% contre 1.4% la semaine dernière. Même chose pour l’Espagne avec le 10 ans à 1.7% contre 1.5% précédemment. Le rendement du Portugal se tend encore plus, à 3.3% contre 2.9% lundi dernier. Et ne mentionnons même pas la Grèce, de retour à un niveau proche des 10%. On voit donc très nettement, et ce n’était pas arrivé depuis l’accalmie en zone Euro après la crise de 2011, que le fossé entre les pays Core et les pays périphériques (amicalement surnommés PIIGS il y a 5 ans) se creuse à nouveau. C’est le signe d’une confiance des investisseurs en berne.

Et ceci nous amène à regarder ce qui se passe du côté des Corporate Bonds. Et là, même constat : une fuite vers la qualité est très visible, avec les bonds High Yield (à haut rendement en raison de la moindre qualité de crédit des sociétés émettrices) dont le rendement s’envole à juste titre, alors que les bonds Investment Grade (une qualité de crédit plus solide, avec un rating de BBB ou plus) sont privilégiés. A noter l’envolée des spreads (différences de rendement) sur les obligations liées au secteur financier et au secteur de l’Energie, deux catégories très touchées ces dernières semaines.

L'envolée des 'Junk Bonds' : un niveau de spreads inédit pour les CCC. Source: Fed de St Louis

L’envolée des ‘Junk Bonds’ : un niveau de spreads inédit pour les CCC.
Source: Fed de St Louis

Pas d’étonnement cependant, ce qui arrive sur le High Yield était prévisible étant donnée la ruée des investisseurs sur cette catégorie d’obligations en raison des taux faibles depuis plusieurs années. Le motif était qu’il fallait bien investir quelques part. Aujourd’hui, c’est plutôt « il faut bien s’en débarrasser ». Rien de nouveau sous le soleil, détester ce que l’on adorait, adorer ce que l’on détestait. Reste à savoir ce que l’on déteste aujourd’hui…pour se positionner demain !

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