Une fin de semaine compliquée, le bon moment pour notre evening meeting de la semaine ! Les Morceaux Choisis de l’actualité économique et financière de la semaine, par grande catégorie, sans oublier les conseils Morning-Meeting !

Côté Macro et Eco

Stocks de Brut

Stocks de Brut

Une actualité assez riche côté macroéconomie et décisions politiques, avec notamment l’accord entre l’Arabie Saoudite et la Russie au niveau de la production de pétrole. Les deux pays, accompagnés du Venezuela et du Qatar, se sont réunis à Doha au Qatar et ont décidé de geler la production d’or noir (enfin, disons plutôt d’argent noir aujourd’hui vu les cours) à son niveau de Janvier. Concrètement, cela veut dire que depuis mardi 16 Février, les marchés peuvent être assurés d’un niveau d’offre stable. L’Irak a de son côté également décidé de suivre l’initiative Russo Arabe, tandis que l’Iran ne souhaite pas pour le moment geler sa production (les Iraniens venant d’être enfin autorisés à exporter à nouveau, il aurait été étonnant qu’ils acceptent la proposition avec le sourire). Quels sont les effets attendus ? Pas forcément des répercussions immédiates, mais plutôt un signal : par cet accord, l’Arabie Saoudite, qui porte une responsabilité très importante dans la chute récente des prix du baril de pétrole brut, vient de signifier qu’il était temps de stabiliser les prix. Ses objectifs (affaiblir les producteurs de pétrole de schiste aux Etats-Unis, lutter contre la Russie et l’Iran qui ont besoin d’un baril de pétrole cher pour être rentable) sont largement atteints, au prix d’un fort déficit en Arabie. Tout ceci a en effet coûté beaucoup d’argent (un déficit budgétaire de 21% du PIB en 2015 et des prévisions pour 2016 autour de 20%…). Les effets à plus long terme sont donc une stabilisation des prix avec une possibilité de prévoir plus efficacement les cours. On peut raisonnablement s’attendre à un baril évoluant entre 30-35 et 50 dollars pour le Brent, sur un horizon temporel de 6 mois. Nous restons donc acheteurs net sur le pétrole.

David Cameron et Jean-Claude Juncker

David Cameron et Jean-Claude Juncker

Au niveau politique, encore des incertitudes sur l’Europe. David Cameron, British Prime Minister, est encore en négociations avec les chefs de Gouvernements Européens, à Bruxelles, concernant les revendications du Royaume-Uni vis à vis de ses pairs Européens. L’enjeu, c’est le référendum sur le ‘Brexit’, c’est-à-dire la sortie éventuelle du Royaume-Uni de l’Union Européenne. Un accord de principe avait été acté le 02 Février dernier, concernant les réponses de Bruxelles à toutes les revendications émanant de Londres. Quelles sont-elles ? Tout d’abord, David Cameron est opposé au fédéralisme Européen : il souhaite donc que son pays (ou un autre) puisse apposer son véto à certaines décisions, ce qui va à l’encontre des règles Européennes de la ‘Majorité Qualifiée’. Il faut dire qu’il n’est pas facile de prendre des décisions à la majorité sur la base de 28 pays participants. Pour l’instant, ça ne passe pas auprès de l’UE avec des pays comme la France demandant que les décisions puissent uniquement être rejetées par des groupes de plusieurs pays, non un seul qui serait bloquant. Deuxièmement, la Grande Bretagne souhaite avoir un droit de regard sur les décisions en termes de politique monétaire, le principe étant que si, en effet, le Royaume-Uni ne fait pas partie de la zone euro, il devrait toutefois être associé aux décisions pouvant avoir un impact sur son économie. Cela fait aussi grincer à Bruxelles. La troisième revendication concerne l’immigration et les aides sociales. David Cameron souhaite pouvoir limiter les allocations aux ressortissants Européens résidant en Grande Bretagne, pendant un certain nombre d’années…et Bruxelles interprète ceci comme une discrimination. Enfin, le Prime Minister voudrait aussi que le Royaume-Uni puisse appliquer des règles différentes de celles de l’union européenne en termes de règlementation financière notamment, ce qui servirait à préserver les intérêts de la City en tant que principale place financière.

L’enjeu de cet accord ? C’est le résultat du Référendum sur le Brexit, promis par Cameron aux Britanniques. En effet, en cas d’accord, M. Cameron pourra revenir à Londres en souriant et en déclarant que ses demandes ont été entendues au terme d’une sévère négociation, que la Grande Bretagne jouit d’un régime d’exception et qu’il faut donc voter OUI au maintien dans l’UE. Dans le cas contraire, il faudrait refuser d’aller plus loin et voter NON. Mais c’est un gros coup de bluff. Cameron sait que l’intérêt de la Grande Bretagne (du moins à court terme) n’est pas de quitter l’Union, comme la plupart des entreprises financières ou non le pensent. Toutefois, à long terme, l’équation n’est pas si simple et beaucoup de personnes commencent à se poser la question (voir l’évolution des sondages sur le Brexit, plus serrés qu’il y a quelques mois). L’enjeu pour l’Europe est encore plus complexe. La Grande Bretagne bénéficie déjà d’un régime privilégié, à la carte : membre de l’UE, pas de l’Union Monétaire, hors de l’espace Schengen, le pays est beaucoup plus souverain que ses pairs du continent. Toutefois, si accord il y avait (à moins d’un accord à minima, avec des engagements de principes et des ententes de façades uniquement pour donner bonne contenance à David Cameron pour qu’il puisse rentrer à Londres en faux vainqueur pour préserver l’essentiel), cela voudrait dire que l’Europe est réellement à deux vitesse. Pourquoi dans ce cas n’aurions-nous pas d’autres pays arrivant avec les revendications de leur choix ? Cette pente serait dangereuse pour l’UE, mais si c’est le sens  de l’histoire, cela s’accomplira. La nature a horreur des compromis : l’UE ira vers plus de fédéralisme ou vers une scission. C’est mentir que de dire que chacun peut négocier car il n’en ressortira rien. Mais bien évidemment, les effets sur les marchés peuvent déjà se faire sentir.

   Quelques données macro pour finir : les ventes au détail ont progressé au Royaume-Uni le mois dernier, pour la première fois depuis Décembre 2013. Aux Etats-Unis, les prix à la consommation ont progressé de 1.4% sur 12 mois à fin Janvier 2016 (d’un mois sur l’autre, l’indice est stable contre un consensus qui prévoyait une légère baisse et malgré une baisse des prix de l’énergie de 2.8%). Les stocks de pétrole sont ressortis en hausse aux Etats-Unis, de même que ceux d’essence, ce qui a cassé la nouvelle tendance haussière du baril de brut. Outre Atlantique toujours, l’indice de la Réserve Fédérale de Philadelphie (manufacturier) est ressorti en baisse à -2.8, conforme aux attentes et indiquant une détérioration des conditions générales d’activité des entreprises manufacturières en Pennsylvanie. En Chine, l’indice des prix à la production est ressorti en baisse de 5.3% pour le mois de Janvier ce qui confirme le ralentissement. Et du côté de la France, l’indice des prix à la consommation est en baisse de 1.1% en Janvier, ravivant les craintes de déflation ou de stagflation (après une progression anémique de 0.2% en Décembre).

Côté equities

Après une très bonne semaine, marquée par des rebonds puissants, le CAC 40 s’effondre vendredi et retombe sous les 4,200 points avec les incertitudes sur l’accord Européen, la baisse du prix du pétrole et malgré un EUR/USD qui repasse sous les 1.11. C’est l’analyse des résultats d’entreprise qui revient aussi sur le devant de la scène, le retour des fondamentaux. Et également un effet consolidation afin de digérer les hausses des capitalisations constatées ces derniers jours.

Les rebonds durant la semaine ont tous été importants, sur l’ensemble des marchés. L’indice vedette français a par exemple bondi de plus de 3% jeudi et a reconquis près de 5% sur l’ensemble de la semaine, maintenant stable sur un mois et en repli de 13% sur un an à la mi-journée vendredi.

Côté international, le Dow Jones a rebondi de près de 3% sur la semaine, en repli de 9% environ sur un an. Au Royaume-Uni, le FTSE 100 est en hausse de plus de 4% sur 5 jours, en repli de près de 14% sur les 12 derniers mois, tandis que le DAX de Francfort est respectivement à +4.6% et -15% sur les mêmes périodes. Enfin, en Asie, le Nikkei finit la semaine à +6.8% pour une baisse de 13% sur un an (mais de plus de 21% sur 6 mois), tandis que Shanghai termine à +3.5% et la correction est ramenée à -22.5% sur un an.

Evolution du CAC 40 sur la semaine / De la marge technique pour une continuation de la hausse – Source: Yahoo Finance

Côté fixed income

Quelques mots sur les souverains, la plupart des pays développés voient leur rendement sur le bond 10 ans baisser, comme la France en dessous des 0.5%, l’Allemagne sous les 0.2%, l’Espagne qui se stabilise avec un rendement de 1.7%, l’Italie également avec 1.6%, et les Etats-Unis avec un 10-ans qui s’est tout de même légèrement redressé à 1.8% (tombé à 1.6% le 11 Février). Ces baisses générales indiquent que la confiance des investisseurs n’est pas revenue : l’aversion au risque est encore très présente. Toutefois la situation se stabilise, comme le montrent les taux Américains. Mais on constate toujours une dichotomie de traitement assez importante en Europe entre les pays ‘core’ et les pays périphériques comme l’Espagne, l’Italie, le Portugal et l’Irlande qui voient leurs CDS en hausse, preuve que les investisseurs discriminent encore beaucoup et que la crise Européenne peut encore se réveiller sans l’action des banques centrales, l’amélioration des conditions économiques, ou l’engagement, enfin, des réformes structurelles tant attendues. On voit aussi cette différence au niveau des spreads de taux entre les différents pays (très resserrés entre l’Allemagne et les pays ‘core’, élargis entre l’Allemagne et les pays périphériques).

Sovereign Yields : Europe - Source: Bloomberg Markets

Sovereign Yields : Europe – Source: Bloomberg Markets

Côté commodities

Un résumé de la situation en termes de prix des matières premières. Après une hausse importante consécutive à l’accord Arabo Russe, le baril de pétrole retombe en fin de semaine, sous 34 Dollars pour le Brent et sous 31 Dollars pour le WTI. La performance de l’ensemble de la semaine reste positive à +2.4% pour le Brent et +3.5% pour le WTI. L’or reperd un peu de sa valeur, oscillant entre 1,220 et 1,225 dollars l’once.

Du côté des métaux, les perspectives de croissance, toujours faibles comme relevé par les prévisions de l’OCDE (révisant à la baisse l’ensemble des perspectives pour 2016 et 2017) pèsent sur la demande. Mais l’acier, le nickel, l’étain et le cuivre parviennent à se situer à la hausse sur la semaine. Pour les produits agricoles, la tendance est à la hausse dans le sillage du pétrole et après des mois difficiles, sauf pour le sucre et le café (les prix se sont littéralement effondrés pour ce dernier, perdant 21% sur la semaine).

Commodities / performances de la semaine secteur Energie - Source: Boursorama

Commodities / performances de la semaine secteur Energie – Source: Boursorama

Et la semaine prochaine ?

La semaine prochaine, à suivre les péripéties concernant l’accord entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne, les prix du pétrole avec une corrélation entre le pétrole et les marchés action qui reste positive.

Sources des données pour la rédaction de cet article : Bloomberg, Les Echos-Investir, Yahoo Finance, Boursorama

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