La gestion de la trésorerie

On l’a vu, l’activité d’exploitation d’une société entraîne de fait des besoins de financement. La gestion de la trésorerie fait références aux techniques qui permettent d’établir des prévisions en terme de trésorerie et, en conséquence, de faire appel à des sources de financement court terme (dans le cadre de besoins de trésorerie), ou à des placements court terme (dans le cadre d’excédents de trésorerie). La gestion de trésorerie est cruciale pour toute société.

Pourquoi la gestion de la trésorerie ?

La gestion de la trésorerie permet d’éviter le risque de cessation des paiements (risque de liquidité) qui équivaut à la « crise cardiaque » de l’entreprise (elle ne peut plus honorer ses échéances à court terme). La gestion de la trésorerie a donc pour but d’assurer la solvabilité à court terme de la société et de veiller à ce que les niveaux de trésorerie restent satisfaisants dans le temps.

De plus, une bonne gestion de la trésorerie permet en outre d’optimiser le résultat financier grâce au placement des excédents et/ou en faisant appel à des sources de financement sur des durées précises. Ceci permet donc de payer moins d’intérêts tout en dégageant du résultat financier dès que possible.

Pour  cela, les entreprises vont réaliser des prévisions de trésorerie qui peuvent se faire au jour le jour, à quelques mois, ou à un an avec découpage mensuel.

Les sources de financement

Toute société doit financer son BFRE (besoin en fonds de roulement d’exploitation, voir article dédié). Pour cela, les entreprises font appel à des financements (crédits court terme).

On trouve principalement les sources de financement suivantes, qui sont les plus utilisées :

1/ Les financements hors circuit bancaire

-          1.1. Le crédit interentreprises : hors du circuit bancaire, le crédit interentreprises est une des sources de financement court terme les plus simples mais il suppose une négociation avec les fournisseurs et les clients. Il s’agit d’un crédit que les fournisseurs accordent à leurs clients, au contraire du paiement comptant, laissant un délai au client pour régler le fournisseur après la livraison de la marchandise. Cette technique est très utilisée mais n’est pas mise en œuvre de la même manière pour toutes les sociétés (par exemple, les grands groupes, solides et bien établis, disposent généralement de conditions beaucoup plus intéressantes que les PME). Les conditions sont laissées au jugement du credit manager de la société fournisseur qui effectue l’analyse crédit des clients et accorde des conditions plus ou moins restrictives.

Le crédit interentreprises correspond à :

Créances clients + Avances et acomptes versés-Dettes fournisseurs – Avances et acomptes reçus

L’entreprise fournisseur prêt donc des fonds à son client, par le biais des délais de règlement qui sont accordés à celui-ci.

-          1.2. Les titres de créance négociables (TCN) : ce sont des moyens de financement hors circuit bancaire pour les entreprises. Dans cette catégorie, on retrouve notamment les bons à moyen terme négociables et les billets de trésorerie. Il s’agit de « titres émis au gré de l’émetteur, négociables sur un marché règlementé, qui représentent chacun un droit de créance pour une durée déterminée » (Loi du 25 juillet 1991).

Les titres de créance négociables sont, en certains points, proches des effets de commerce et des valeurs mobilières, dans le sens où ils sont dématérialisés, transmissibles, au porteur, constatent une créance et sont négociés sur un marché règlementé.

On trouve donc dans cette catégorie :

  • Les billets de trésorerie
  • Les certificats de dépôt
  • Les bons à moyen terme négociables

L’échéance va de 1 jour à 1 an, ou plus pour les BMTN. Le montant unitaire maximum est de 150,000 EUR.

-          1.3. L’affacturage : il s’agit d’une opération régie par une convention, par laquelle le factor (établissement de crédit spécialisé proposant un service d’affacturage) va se charger de l’encaissement des créances que le fournisseur (l’entreprise cliente) va transmettre. Ce système présente de nombreux avantages pour l’entreprise cliente : celle-ci ne supporte plus le coût des impayés (c’est transféré au factor), elle peut mobiliser ses créances commerciales en cas de besoin de trésorerie non prévu, la gestion des créances et de leur recouvrement devient la charge du factor… Bien sûr, l’affacturage a un coût en fonction du montant du financement, de la commission d’affacturage, de la commission spéciale de financement et de la commission de bordereau.

2/ Les financements bancaires

-          2.1. La mobilisation des créances commerciales. Le système bancaire propose des financements des créances clients par mobilisation des créances commerciales. On retrouve dans cette catégorie la technique très connue et très utilisée qui est l’escompte. L’escompte est une opération de crédit par laquelle un établissement bancaire va avancer à une société le montant d’une créance qui était détenue par elle. Cette créance est représentée par un effet de commerce (généralement une lettre de change ou un billet à ordre). La banque va devenir propriétaire de cette créance et va verser en contrepartie à la société le montant nominal de la créance qui sera diminué de frais (qui constituent la rémunération de la banque pour le service qu’elle propose et aussi parce qu’elle va supporter des risques).

L’escompte a de nombreux avantages pour les entreprises : en effet, il s’agit d’une méthode de financement court terme simple, avec peu de formalités, facile à mettre en œuvre. Toutefois, le droit cambiaire stipule que la banque peut se retourner contre le tireur (entreprise cédante) en cas de non paiement. La banque se réserve également le droit de refuser d’escompter des créances qu’elle juge douteuses.

-          2.2. Les crédits de trésorerie. Les banques proposent de très nombreux crédits de trésorerie (donc court terme) non affectés (c’est-à-dire en blanc). A l’entreprise de les utiliser lorsqu’elle en a besoin, sans justification. On va trouver les produits suivants :

  • La facilité de caisse : il s’agit de concours bancaires (assimilables à du découvert) utilisés de manière périodique en cas de décalages de trésorerie. Ce n’est pas un découvert, qui pour sa part court tout au long de l’année.
  • Le découvert : il s’agit d’un concours bancaire qui permet à l’entreprise de faire face à des besoins renouvelés dans l’année, sans périodicité. Le découvert permet de faire face à des décalages de trésorerie tout au long de l’année.
  • Les crédits spot : financements très court terme proposés aux grandes entreprises qui ont des besoins sur des durées extrêmement courtes (parfois moins de quelques heures).
  • Le crédit de courrier : c’est un crédit pour une durée courte (un à trois jours).

Sans garantie car en blanc, ces crédits sont risqués pour la banque. Ils ont donc un coût qui ne doit pas être négligé par l’entreprise qui y fait appel. Ils constituent aussi un risque pour l’entreprise lorsqu’ils sont uniquement accordés de manière tacite par la banque. Il est préférable de disposer de contrats clairs.

-          2.3. Le financement des stocks. Une entreprise peut choisir de faire financer une partie de ses stocks par un crédit. On trouve les financements suivants :

  • Le warrant : c’est un instrument de crédit, proposé par les banques, utilisé pour le financement des stocks. Il s’agit en fait d’une sorte de billet à ordre via lequel la société qui y souscrit va s’engager à payer une certaine somme à une date précise. Les stocks qui y sont attachés constituent un gage. Le certificat de ce gage peut ensuite être remis à l’escompte, comme un effet de commerce.
  • Les crédits par caisse : identiques à des crédits de trésorerie.
  • Le crédit de campagne : c’est un crédit qui permet de financer des activités cycliques (par exemple un cycle de production agricole avec des besoins de trésorerie à certains moments de l’année, ou d’autres activités saisonnières. Les montants et les moments de l’année sont calculés en fonction des prévisions de trésorerie de l’entreprise.

-          2.4. Le financement de créances professionnelles. Depuis 1981, la loi Dailly donne la possibilité à une société de remettre un ensemble de créances professionnelles (nées ou à venir dans le futur, dans le cadre d’une activité professionnelle) à sa banque et d’obtenir de ce fait une avance de trésorerie. Les créances sont remises par un bordereau Dailly. Cette technique a deux variantes : soit la cession Dailly en propriété (technique proche de l’escompte ou de l’affacturage car il y a mobilisation de créances), soit la cession en nantissement (c’est-à-dire en garantie pour la banque, contre un autre financement généralement). Le contrat Dailly est régi par une convention cadre, signée avec la banque. Le crédit est obtenu sous la forme d’une avance en découvert ou d’une ligne d’escompte. Le financement Dailly est très populaire car recouvre l’ensemble des créances professionnelles (donc plus large que l’affacturage (factures) ou l’escompte (effets de commerce)). Le coût de ce financement reste également modéré et une caution personnelle n’est pas exigée, la loi considérant le transfert des créances comme suffisant.

Les placements

Si une entreprise dégage un surplus, des excédents de trésorerie, il convient de les placer afin d’optimiser le résultat.

Un placement est choisi par l’entreprise en fonction de la durée prévue du placement, des taux d’intérêt et de leur évolution anticipée, ainsi que du régime fiscal dudit placement.

Par ailleurs, un placement se fait en fonction de deux critères contradictoires : la rentabilité (dépend de la rémunération et des plus-values) et le risque (sécurité du placement, risque en capital ou non, liquidité…).

Il existe plusieurs sortes de placement, énumérés ci-après :

-          Le placement en valeurs mobilières : il peut s’agir d’un placement en actions (risqué), en obligations (généralement moins risqué mais de ce fait moins rémunéré), ou d’opération de réméré (vente comportant une option de rachat à un prix fixé initialement).

-          Le placement sous forme de fonds bloqués : on trouve dans cette catégorie de placement les dépôts à terme (dépôt de fonds sur un compte bloqué, rémunéré par des intérêts versés à l’échéance), ou les bons de caisse (titres négociables représentant une créance, émis par les banques).

-          Les placements auprès d’autres sociétés : il peut s’agir d’escompte fournisseur (la société accepte de régler ses fournisseurs au comptant, contre une remise), ou d’une avance en compte courant (c’est une avance faite à une autre société mais du même groupe que l’entreprise qui prête).

-          Les placements en OPCVM (organismes de placement collectif en valeurs mobilières) : l’entreprise peut choisir de placer ses excédents de trésorerie dans des SICAV (société d’investissement à capital variable) qui sont des sociétés dont l’actif est un portefeuille de valeurs mobilières, ou bien dans des FCP (fonds commun de placement). Il existe de nombreux OPCVM avec des risques et des rendements variés (en actions, en obligations, monétaires, diversifiés, garanties, à compartiments…).

-          Les placements en devises : obligations en devises étrangères ou blocages de devises, ils sont souvent utiles à l’entreprise pour se prémunir contre le risque de change (variation des taux de change entre la monnaie domestique et les monnaies étrangères auxquelles l’entreprise est exposée).

Budgets et plans de trésorerie

Il est nécessaire pour une entreprise d’établir des budgets de trésorerie pour faire apparaître les insuffisances ou les excédents de trésorerie.

La démarche budgétaire peut être explicitée par ce schéma, qui met en exergue les différents budgets. Pour commencer, il faut prévoir les encaissements et les décaissements de la période. Puis les prévisions d’exploitation (charges, ventes, achats) doivent être faites, de même que les prévisions d’investissement et de financement. Tout s’articule ensuite ainsi :

La société va ensuite établir un plan de trésorerie pour résorber les soldes positifs ou négatifs mis en relief par le budget. Le but est donc d’avoir une trésorerie totalement optimisée durant l’exercice.  Pour une gestion de la trésorerie réussie, un partenariat étroit avec les banques, couplé à des prévisions solides, doit être mis en œuvre.

  

Subscribe to Comments RSS Feed in this post

One Response

  1. Hello.This article was extremely motivating, particularly because I was searching for thoughts on this topic last Sunday.

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*