Pour ajouter à la dépression ambiante de nombre de nos confrères libéraux ou entrepreneurs et également pour en rajouter une légère couche sur le sujet (sujet qui commence clairement à captiver les foules étant donné le nombre de mobilisations pour des actions comme « entrepreneurs pigeons » ou autres…), nous apportons notre modeste pierre à l’édifice.

Car il y a de quoi être déçu pour certains, dénoncer voire s’insurger pour d’autres. Vendredi dernier, 28 septembre 2012, une mesure pittoresque pour ne pas dire suicidaire a frappé notre pays. Depuis le temps que ce site existe, nous avions plutôt émis des recommandations, défendu une certaine conception de l’Europe intégrée, fédérale et libérale, défendu l’utilité des marchés financiers et des institutions financières, en veillant à ne pas s’inscrire trop profondément dans un parti pris, forcément réducteur à notre sens. Mais le nouveau paquet fiscal et plus particulièrement certaines mesures, qui passent presque inaperçues, sont un motif légitime pour exprimer l’insatisfaction d’une bonne partie de l’opinion, celle-là même qui crée des emplois et remplit les caisses de l’Etat.

Le gouvernement a en effet choisi d’aligner la taxation des plus-values sur la revente de parts des entreprises sur la taxation des revenus, ainsi que d’abroger les avantages fiscaux liés à l’auto-entreprenariat. En substance anodines, ces mesures seront nuisibles à notre économie. De la même façon qu’un salarié ne va pas démissionner en blanc sans avoir une idée de poste et une augmentation de salaire, un entrepreneur ne va pas prendre de risques inconsidérés (et risquer de perdre le capital qu’il investira ainsi que son temps) s’il n’y a plus aucune récompense pécuniaire, c’est l’évidence même. C’est justement cet aspect qui est fragilisé par cette loi : comment un entrepreneur accepterait de laisser 60.5% de son gain (s’il gagne bien sûr, ce qui est loin d’être garanti) à l’Etat lors de la revente de son business après des années de labeur ? Qui rembourse l’entrepreneur lorsqu’il échoue (9 startups sur 10 ne fêtent pas leur 3e anniversaire !) ? Et sur les 39.5% restants, sans compter l’ISF majoré, il faut savoir que l’Etat (hors montage via holding), en prendra 45%  au moment de la succession ? Bref, il n’est pas difficile de comprendre que sans carotte…plus de raison de prendre des risques. D’aucuns se demandent pour quelle raison on voit si peu de success story à la française, à la microsoft, facebook, ou autres. Nous nous demandons plutôt s’il reste un espoir, un jour, de renouer avec le succès et avec la croissance. Car oui, Messieurs du gouvernement qui connaissent autant le monde de l’entreprise qu’une vache sait pricer une option, ce sont ces sociétés que l’on taxe, ces entrepreneurs qui ne comptent pas leurs heures et qui remplissent vos caisses, et ces chefs d’entreprise que l’on accuse qui créent croissance, emploi et sont bien entendu le sous-jacent, directement ou non, de l’essentiel des recettes fiscales. A trop vouloir prendre on finit par y perdre…et à trop vouloir d’une économie éthique on finit par détruire tout ce qu’elle a d’efficace.

Du côté de l’auto-entrepreneur, quel bénéfice y aura-t-il à gagner si l’on aligne le régime des cotisations sociales sur celui des indépendants ? Et les salariés, souvent les moins bien lotis qui comptent sur l’intéressement et la participation, que leur dira-t-on lorsqu’ils ne recevront plus ces précieux coups de pouce car il coûtera trop cher à leur société de verser ces avantages en raison de la hausse des charges sur ces plans (rappel : l’intéressement bénéficiait jusqu’ici d’une forte détaxe sur les cotisations salariales et d’une franchise de cotisations patronales, le projet est aujourd’hui d’augmenter les charges à hauteur de 40.5% du montant versé).

Comment en est-on arrivé là ? Tout simplement par manque de volonté de réforme. Lorsqu’on promet beaucoup trop comme cela a été le cas, on s’expose à des conséquences de taille. La première étant de créer des mécontents. La seconde et non des moindres étant d’handicaper une économie déjà sinistrée, par pure idéologie.

De grâce, il est encore temps de faire machine arrière. Notre pays, déjà très gourmand, n’a pas besoin de plus d’impôts et surtout pas sur le travail ou le capital ! Notre part des dépenses publiques dans le PIB va être maintenant la plus élevée du monde, mais le résultat est-il meilleur qu’ailleurs ? Notre économie a besoin de compétitivité, d’esprit d’entreprise, de moyens de motiver la création par des leviers fiscaux clairs. Nous n’avons que faire de mesures confiscatoires pour préserver un déficit sous la barre des 3%. Oui la dette doit clairement être maîtrisée et les déficits jugulés. Mais les décisions qui s’imposent auront à être prises de manière courageuse. Taxer est une réponse beaucoup trop facile. Ce sont les dépenses qu’il faut diminuer. La réponse actuelle sur les 30 milliards à trouver pour 2013 : 10 milliards de prélèvements sur les particuliers, 10 milliards sur les entreprises et seulement 10 milliards de dépenses en moins. Et comment croire cela quand on sait que l’embauche de fonctionnaires (solde net positif cette année) va encore augmenter les dépenses, de manière récurrente chaque année, c’est à se demander s’il y a une logique quelque part. A moins que l’ensemble des mandats du pays appartenant à un seul parti ne soit la cause logique du silence assourdissant concernant les réformes à mener sur les nombreux gaspillages d’argent public en raison d’un millefeuille administratif sans cesse plus épais ?

Tant que la solution « taxes » sera privilégiée et affectera entreprises et particuliers (car qui croit encore les déclarations selon lesquelles seuls 10% des contribuables seront touchés ?), la croissance restera atone (et il faudra remercier le ciel d’éviter une récession), le chômage augmentera, en conséquence l’Etat aura besoin de toujours plus d’argent pour assurer la solidarité, et les entrepreneurs continueront de fuir à l’étranger (un tapis rouge est déroulé à Londres depuis quelques mois et fonctionne très bien, en Belgique également) de même que nos compatriotes les plus aisés que l’on traite comme s’ils n’avaient aucun droit sur leur patrimoine. Et ceux qui resteront serreront la ceinture et consommeront moins…dans une économie où la croissance est majoritairement tirée par la consommation, c’est un magnifique calcul !

Les marchés ne peuvent pas tout faire, la BCE non plus. Un jour peut être, nos leaders écouteront les sages conseils de l’UE et de notre banque centrale, à savoir « réformez, réduisez les dépenses, traquez les gaspillages, favorisez l’entreprise et restaurez l’emploi » et nous pourrons nous réjouir des effets bénéfiques que cela entrainera. D’ici là, continuons à prendre le problème à l’envers et à nous réfugier dans la facilité. On peut compter sur le patriotisme des agents économiques, mais uniquement jusqu’à un certain point. Les conséquences, déjà visibles, risquent de déplaire et d’être aux antipodes des promesses.

En attendant, nous allons continuer à travailler, courageusement, en payant nos impôts. Mais un jour il faudra rendre compte, ce sera l’heure du bilan et il faut espérer qu’il sera rattrapable et que nous n’aurons pas définitivement dilapidé nos forces vives. Un espoir cependant : l’accélération des réformes pour une véritable intégration européenne. Après l’union bancaire, l’union fiscale viendra, puis l’union totale qui deviendra peut être salutaire.

Un jour peut être…

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