Aujourd’hui, Robert Diamond a démissionné de son poste de CEO de Barclays, fameuse banque anglo-saxonne. Ceci fait suite notamment au scandale relayé par de nombreux médias financiers de la manipulation du LIBOR (London Interbank Offered Rate) par des banques britanniques qui font actuellement l’objet d’une enquête des régulateurs d’outre-manche. En effet, le 27 juin dernier, Barclays qui est la seconde plus importante banque anglaise (par le total du bilan) a admis avoir déclaré de faux coûts d’emprunts de 2005 à 2009. Ces fausses données ont ensuite été utilisées pour calculer le LIBOR, qui est le taux indiquant le coût de refinancement auquel les banques sont soumises (autrement dit le prix de l’argent que les banques se prêtent entre elles), taux calculé grâce à un benchmark qui se base sur les taux déclarés par une quinzaine de banques anglaises. Tous les matins des jours ouvrables, à 11h, ce taux est calculé à Londres et publié par la British Bankers’ Association pour différentes maturités par exemple spot-overnight, une semaine, un mois, six mois, etc. (on retrouve un système peu ou prou équivalent avec l’EURIBOR pour la zone euro, qui présente l’avantage d’être basé sur un benchmark plus large et d’être moins aisément manipulable). Le problème est que le LIBOR, qui devrait être le véritable taux d’emprunt interbancaire au Royaume-Uni et un indicateur sans faille de la santé du monde bancaire, présente un certain nombre de faiblesses, la plus grande étant que les taux reportés ne proviennent pas nécessairement de taux effectifs qui émanent de transactions financières, mais peuvent être également des taux « supposés », déclarés comme tels par la banque qui les rapporte. Ainsi, cela laisse une possibilité de fraude qui aboutit sur un LIBOR perverti par de fausses données, comme ce fut le cas pour celles communiquées par Barclays durant plusieurs années. Le plus problématique est que le LIBOR, comme l’EURIBOR, ont une utilité réelle : ils sont utilisés comme taux de référence pour le pricing de nombreux instruments financiers (forwards, futures, swaps, mais aussi crédits syndiqués ou à taux variables). Ainsi et c’est bien le problème, c’est tout le système financier qui se retrouve perverti dans son essence. Et tricher ainsi sur le taux interbancaire équivaut par conséquent à flouer les autres banques qui jouent le jeu et les clients.

Parmi les documents les plus marquants rendus publics, figurent deux e-mails très explicites. Le premier a été écrit par un employé responsable du reporting des taux d’emprunts à son supérieur : “I will reluctantly, gradually and artificially get my libors in line with the rest of the contributors as requested, […] I will be contributing rates which are nowhere near the clearing rates for unsecured cash and therefore will not be posting honest prices,”

Le second par un trader à un responsable londonien de la soumission des taux : “Hi Guys, We got a big position in 3m libor for the next 3 days. Can we please keep the lib or fixing at 5.39 for the next few days. It would really help. We do not want it to fix any higher than that. Tks a lot.”

Barclays a donc été condamnée (et a accepté) à payer 455 millions de dollars US par le régulateur britannique (FSA) et le département américain de la justice (source : Bloomberg markets). D’autres banques sont toujours également en ligne de mire des régulateurs afin de vérifier leur implication ou non dans ce scandale.

Nous déplorons cet évènement qui, s’il ne met pas en cause le professionnalisme de l’immense majorité des salariés de la banque, renforce malheureusement le ressentiment vis-à-vis du monde de la finance qui encore une fois doit être porteur d’un message clair : celui de redevenir et rester un moyen efficace d’apporter à l’économie réelle les capitaux nécessaires à son développement et à sa prospérité. Comme le suggère à fort juste titre l’article publié par Bloomberg (à retrouver en fin de page), il est probablement temps de réformer le mode de calcul du LIBOR car il serait logique que les données émanent de transactions réelles et non de simples déclarations de la part des banques qui ont montré, durant une période difficile qui plus est, que la confiance qui leur est témoignée l’est de trop bonne grâce. Les régulateurs doivent en outre disposer des moyens nécessaires pour repérer ce type d’abus, toujours malheureusement trop courants. Enfin, l’éthique doit encore être renforcée, non seulement dans les formations en finance pour les futurs professionnels, mais aussi sur le lieu de travail. Nous constatons cependant que les contrôles se font de plus en plus régulièrement et les audits de plus en plus précis, laissant espérer que la voie est à présent ouverte pour limiter ce type de scandale. Heureusement, de plus en plus de jeunes professionnels de la finance se montrent aujourd’hui concernés par l’éthique et par le fait qu’il est nécessaire d’avoir un marché juste, transparent et fiable. Non seulement à cause des sanctions lourdes auxquelles les contrevenants s’exposent mais aussi car c’est là le meilleur moyen d’exercer un métier utile, porteur de sens pour la communauté et pas uniquement vecteur d’argent pour soi-même.

L’article-plaidoyer de Bloomberg : http://www.bloomberg.com/news/2012-07-02/barclays-case-shows-something-s-rotten-in-banking-culture.html

Ci-dessous, un exemple de la manière dont est calculé le LIBOR.

 

Et l’historique du LIBOR 1 mois sur un an (source boursorama) :

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