L’efficience des marchés est une notion récurrente en économie et en finance. La définition d’un marché efficient, selon la bible de la finance, je cite le Vernimmen:

« Un marché est efficient lorsque le prix des titres financiers y reflète à tout moment toute l’information pertinente disponible. Dans un tel marché, il est impossible de prévoir les rentabilités futures, et un titre financier est à tout moment à son prix. Un tel marché est également appelé marché à l’équilibre ou « marché parfait.  » »

On estime généralement que pour être efficients, efficaces et fonctionner de manière satisfaisante, les marchés financiers doivent être bien développés (aider les agents économiques à résoudre les problèmes techniques auxquels ils sont confrontés grâce à des produits dédiés et performants), les marchés doivent aussi être liquides (avec des coûts de transactions bas) et les prix doivent refléter l’information disponible et être au plus près des valeurs réelles des actifs.

Cependant, selon les économistes, il existe plusieurs types d’efficience qui cohabitent. Il y a en fait trois niveaux :

–          La forme faible (en anglais : weak form) : la forme faible d’efficience de marchés correspond à l’hypothèse selon laquelle le prix des actifs incorpore toute l’information historique du marché, c’est-à-dire l’évolution des prix et des volumes traités. Si un marché correspond à cette forme d’efficience, cela signifie donc qu’utiliser l’analyse technique est inefficace : on ne peut prédire les évolutions futures des prix en se basant sur des tendances et des données graphiques, puisque les prix actuels incorporent déjà toute l’information historique disponible. Si l’analyse technique dégage de bons résultats, cela contredit de fait cette théorie.

–          La forme intermédiaire (semi-strong form) : selon la théorie de l’efficience de forme intermédiaire, les prix des actifs reflètent à la fois toute l’information historique disponible mais aussi toute l’information publique relayée par le marché (ex : dividendes versés, acquisitions d’entreprises, déclarations du management, etc.). La forme intermédiaire incorpore de fait la forme faible (un marché ne peut pas être efficient-intermédiaire sans être efficient-faible). Ici, si l’analyse fondamentale se montre efficace (c’est-à-dire si des gains peuvent être réalisés grâce à l’analyse fondamentale), cette théorie se voit contredite.

–          La forme forte (strong-form efficiency) : il s’agit de l’efficience la plus pure, ici les prix des actifs reflètent toute l’information disponible : historique, publique mais aussi privée (les informations concernant les actifs et les sociétés qui n’ont pas encore été médiatisées ou communiquées et qui sont encore dans la sphère privée des initiés).

La tendance du CAC 40 depuis le début des années 90 : le reflet d’une efficience imparfaite ?

Ces théories d’efficiences sont très liées aux différents types d’analyse financière, l’analyse fondamentale et l’analyse technique. L’analyse technique, qui se base comme on l’a vu sur l’étude des tendances et des données numériques, ne devrait pas être efficace si les marchés sont efficients, même de la plus faible forme. Quant à l’analyse fondamentale, qui se  base sur des projections, des calculs et l’étude de l’information publique afin d’estimer la valeur intrinsèque des actifs, n’est plus censée être efficace dès le niveau intermédiaire de l’efficience. Enfin, en ce qui concerne l’efficience pure, si cette théorie était exacte et que les marchés étaient en effet totalement efficients, il serait impossible de tirer profit d’une quelconque stratégie de trading étant donné que toutes les données possibles seraient déjà reflétées dans le prix des actifs.

L’analyse technique et l’analyse fondamentale sont de précieux atouts pour maintenir une efficience des marchés. En effet, en détectant et en exploitant les tendances observées sur les courbes des prix, l’analyse technique contribue à rendre les marchés efficients de forme faible (en incorporant les données historiques dans l’évolution des prix). L’analyse fondamentale, quant à elle, contribue à rendre les marchés efficients de forme intermédiaire car elle se base sur des données publiques pour valoriser les actifs et identifier les stratégies efficaces en termes d’achat et de vente, ce qui incorpore donc ces données publiques dans les prix et dans le marché.

Pour toutes ces raisons, le principe communément admis est que les marchés sont certes efficients mais qu’ils restent imparfaits, d’où un constat à la fois positif et négatif pour les investisseurs : il est possible d’exploiter des stratégies de trading efficaces, mais celles-ci sont globalement rares et il faut de l’expérience, de la chance, du travail et un vrai sentiment de marché pour les identifier et les exploiter.


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