Un Forward est un contrat passé entre deux parties (l’acheteur et le vendeur), dans lequel l’acheteur s’engage à acheter au vendeur un actif sous-jacent (ex : une action, une matière première ou encore une devise), à un moment futur précis et à un prix, prédéterminés au moment du contrat.

L’acheteur est généralement appelé « long » et le vendeur est appelé « court » ou « short ». On dit donc qu’on est court en dollars lorsqu’on est vendeur sur cette devise.

L’avantage d’un forward est que le prix est bloqué à l’avance, on peut donc se couvrir contre les futures variations de l’actif sous-jacent (appelé « underlying »). De plus, aucun échange monétaire n’a lieu lors du passage du contrat. Le contrat reste un engagement et le paiement n’aura lieu qu’au moment de la livraison du sous-jacent. Cependant, les forwards ont aussi des défauts. Malgré leur grande souplesse, puisqu’il s’agit de contrats de gré à gré, les forwards ont un désavantage principal : ils sont soumis au risque de défaut (c’est-à-dire le risque que la contrepartie, acheteur ou vendeur, fasse défaut à son obligation, qui est soit de livrer l’actif sous-jacent, soit de payer pour cet actif). Sur ce point, les forwards sont donc plus risqués que les futures par exemple.

Même si les forwards sont de gré à gré, c’est-à-dire totalement personnalisés, et ne sont pas échangés librement sur les marchés financiers, il est possible de mettre un terme à un contrat de forward avant son expiration. Pour cela, il existe une astuce : repasser un contrat sur le marché, avec une contrepartie, pour le même actif, la même date et le même prix mais dans le sens inverse (ex : on avait un contrat en tant qu’acheteur de forward, on passe le même en tant que vendeur). Grâce à cet achat, les positions vont s’annuler mutuellement puisque chacune représente l’extrême opposée de l’autre.

Les différents types de Forwards

On considère, même s’il existe de très nombreux types plus spécifiques de forwards, que les principaux contrats sont au nombre de trois :

–          Les « currency forwards » sont les forwards dont les sous-jacents sont des devises. Depuis les années 1970 et grâce à la libéralisation des cotations (la plupart des grandes devises sont aujourd’hui librement cotées et convertibles, et non plus fixes et indépendantes comme par le passé), le marché des forwards de devises a pu se développer de manière très importante. Ces forwards particuliers, les premiers auxquels on pense lorsqu’on imagine les risques subis par les entreprises et contre lesquels elles doivent se couvrir, sont très utilisés d’abord par ces mêmes entreprises, investies sur le plan international et subissant des risques de change, mais aussi par les grandes banques.

Pour imaginer à quelles problématiques sont confrontées les sociétés et l’utilité extrêmement forte des forwards contre le risque de change, on peut imaginer le cas suivant : Airbus supporte tous ses coûts de production en euros (EUR) mais vend ses appareils en dollars (USD). Le risque qu’Airbus subit est une appréciation de l’EUR face à l’USD car dans ce cas là, 1 EUR vaudrait « de plus en plus » face à un USD. On aurait donc une rentabilité qui se dégraderait rapidement, car les charges en EUR pèseraient de plus en plus face à des produits en USD qui au contraire rapporteraient se moins en moins. C’est la situation critique à laquelle a fait face Airbus au milieu des années 2000, lorsque l’EUR a pris énormément de valeur face à l’USD. Imaginons qu’à l’instant T, la parité est la suivante : 1 EUR = 1.0000 USD. Pour se couvrir, Airbus (qui vend en USD et paye en EUR), va pouvoir vendre des forwards USD contre EUR (comprendre vendre à terme des dollars qu’Airbus recevra, pour les échanger contre des euros), par exemple au prix donné de 1 EUR = 1.0500 USD.

Ainsi au terme du contrat, Airbus va recevoir des USD de ses ventes, qu’elle cèdera au prix de 1.05 USD pour 1 EUR et recevra des EUR (imaginons que les contrats portaient sur 10 avions à 1,000,000 de dollars, Airbus reçoit 10 millions de dollars, soit ici 10,000,000*1/1.05 = 9,523,810 euros). Si le taux de change EUR-USD  est égal à 1 EUR = 1.1 USD, Airbus va être gagnant étant donné que le dollar se sera plus déprécié que dans le taux déterminé au contrat (il faut plus de dollar pour acheter un euro). Sans couverture, Aribus aurait reçu 10,000,000*1/1.1 = 9,090,909 euros.

Par contre, si le taux est 1 EUR = 0.95 USD, dans ce cas l’euro s’est déprécié est il aurait été plus profitable de ne pas se couvrir, car Airbus aurait ici reçu 10,000,000*1/0.95 = 10,526,316 euros.

Généralement, les entreprises vont donc se couvrir si elles estiment que le risque de change est réel ou porte sur une somme de contrats trop importante, dans un contexte de volatilité forte.

–          Les « equity forwards » sont des contrats à terme qui portent sur des actions. C’est donc un contrat qui permet de vendre ou d’acheter à terme des actions, un portefeuille ou un indice donné à une date précise et à un prix prédéterminé. Il faut savoir que les actions, indices ou portefeuilles sur lesquels portent les forwards (les sous-jacents au contrat de forward), paient souvent des dividendes, ce qui peut affecter ces contrats de forward, notamment en termes de prix. Ces contrats permettent de diminuer le risque de volatilité inhérent aux marchés actions.

–          Les « bonds » forwards sont des contrats à terme qui portent sur des obligations ou également sur des taux (interest rate forwards). Ce sont des instruments qui sont regroupés ici car ils sont similaires, bien que pour le premier le sous-jacent est une obligation (fixed income) alors que pour le second il s’agit d’un taux d’intérêt. Comme pour les autres types de forwards, ces contrats permettent de verrouiller un prix ou un taux dans le futur, pour se couvrir contre les risques (ici risque de taux). Dans cette catégorie, on trouve les FRAs (forward rate agreements), qui sont des contrats dans lesquels le sous-jacent est un intérêt payé en dollars.

Qui sont les dealers pour ces contrats ?

Les principaux distributeurs de forwards sont les grandes banques, comme JP Morgan Chase, Citigroup, UBS, Bank of America, HSBC, Crédit Suisse, Deutsche Bank, Royal Bank of Scotland, Merrill Lynch, ING Barings, Commerzbank et BNP Paribas.

En conclusion, ces contrats à terme ou forwards, sont des produits dérivés simples et efficaces, qui permettent de se protéger contre plusieurs sortes de risques financiers auxquels les banques, les entreprises et les institutions font face. Cependant, ils présentent le risque d’être si personnalisés qu’ils ne sont pratiquement pas liquides et que parfois, pour certains besoins, il n’est pas possible de trouver une seconde partie au contrat (acheteur ou vendeur pour la transaction). De plus, les forwards sont sujets à certains risques, dont le risque de crédit (ou de défaut).

Mais, par leur essence peu liquide, de gré à gré donc non librement échangeables sur les marchés, les forwards sont les instruments dérivés qui réalisent le mieux leur mission de couverture des risques, dans le sens où ce sont des instruments qui se prêtent difficilement à la spéculation.

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