Pour ce premier article dans la rubrique « produits dérivés », il est important de donner les clés pour comprendre le marché des produits dérivés (derivatives), les différentes classifications pour ces instruments ainsi que leurs utilités.

Tout d’abord, qu’est-ce qu’un produit dérivé ? Il s’agit tout simplement d’un instrument financier dont la valeur est basée sur les fluctuations d’un autre actif, le sous-jacent (underlying). Ce sous-jacent peut tout aussi bien être une action, un taux de change, une matière première, une obligation ou un indice. La valeur d’un produit dérivé, son risque et sa rentabilité sont donc « dérivés » d’un autre actif. Les produits dérivés, actifs très ancrés dans la finance de marché s’il en est, sont initiés par un contrat entre un acheteur et un vendeur (qui sont donc les deux parties au contrat). Depuis la fin des années 1980, les produits dérivés ont pris une très grande importance et sont très populaires sur les marchés financiers, que ce soit dans des objectifs de maîtrise des risques (hedging), de diversification ou de spéculation. Aujourd’hui, les produits dérivés représentent une part significative du volume global de trading.

Pourquoi cet engouement ? Il faut d’abord savoir que le concept de risques est au cœur des stratégies d’investissement sur les marchés financiers. Les analystes financiers et les gérants cherchent continuellement à identifier, mesurer et gérer le risque. L’objectif pour tous les intervenants du marché est d’obtenir le meilleur équilibre entre le risque et la rentabilité (risk/return arbitrage). Les marchés ont donc créé leur propre manière de mieux gérer les risques, grâce aux produits dérivés, qui peuvent être considérés comme des sortes d’ « assurances » contre les possibles pertes.

Nous avons vu que la performance d’un produit dérivé se base sur le sous-jacent liés au produit. Un peu de vocabulaire : le prix immédiate, aujourd’hui du sous-jacent est appelé « spot » et la valeur du produit dérivé sera liée au spot, qui fluctue, alors que la plupart des produits dérivés vont permettre de figer le prix pour une transaction future au prix d’exercice généralement fixé au moment du contrat, qu’on appelle le « strike ». La différence qui existera, au moment de la fin de la vie du produit dérivé, c’est-à-dire à l’échéance du contrat, est cruciale. C’est elle qui déterminera la performance du produit et/ou la décision de l’acheteur quant à l’action à mener.

Il faut aussi savoir (et ce n’est pas valable que dans les produits dérivés), que l’acheteur est généralement appelé « long » et le vendeur « short », ceci pour simplifier la compréhension des contrats et des stratégies.

Les produits dérivés les plus connus sont les Forwards, les Futures, les Options et les Swaps.

–          Un Forward est un contrat de gré à gré entre deux parties, dans lequel la première partie (l’acheteur), s’engage à acheter à l’autre partie (le vendeur), un actif sous-jacent à une date ultérieure et à un prix déterminé au moment du contrat. Les deux parties vont s’entendre sur les termes du contrat lors de l’engagement de départ (quand et où la livraison aura lieu, l’identification précise du sous-jacent…). Il s’agit du dérivé le plus simple à appréhender.

–          Un Future est un produit qui ressemble au Forward. Cependant, les Futures ont des caractéristiques supplémentaires et différenciantes. Tout d’abord, un contrat de Future n’est pas une transaction de gré à gré. Il s’agit d’un produit standardisé, négociable sur les marchés financiers. C’est le marché qui va déterminer les dates d’expiration du contrat, les sous-jacents, le nombre d’unités comprises dans chaque contrat, etc. Les Futures ont également un avantage face aux Forwards, c’est qu’ils sont moins risqués étant donné que le risque de défaut (c’est-à-dire qu’une contrepartie fasse défaut à ses engagements) est maîtrisé grâce notamment aux chambres de compensation (clearing house). Enfin, de par leur caractéristique négociable, les Futures sont bien plus flexibles que les Forwards si l’investisseur souhaite solder sa position avant l’expiration du contrat et de ce fait ne pas avoir affaire au sous-jacent.

–          Une Option est un instrument bien différent des Forwards et des Futures. Il s’agit d’un instrument financier qui donne à une partie le droit, mais non l’obligation, d’acheter ou de vendre un sous-jacent à une autre partie à un prix fixé aujourd’hui et valable pour une durée donnée. Une option qui donne le droit d’acheter un sous-jacent est appelée « call », tandis qu’une option qui donne le droit de vendre le sous-jacent est appelée « put ». Il s’agit donc d’instruments très flexibles car l’option donne la possibilité d’acheter ou de vendre le sous-jacents, tandis que les Futures et les Forwards en donnent l’obligation. Une autre grande différence à noter est que l’option à un prix, qu’on appelle une prime (premium), qui est à verser lors de la signature du contrat, alors que les autres dérivés évoqués plus haut n’ont pas cette composante.

–          Un Swap est une sorte de variante d’un Forward et peut être assimilé à une série de Forwards. Il s’agit d’un contrat entre deux parties, concernant l’échange d’une série de futurs cash-flows. Généralement, au moins l’une des deux séries de cash-flows qui seront échangées est déterminée par un sous-jacent (qui peut être un taux d’intérêt, un taux de change, le prix d’une matière première, d’une action…). La grande force des Swaps est que ce sont des instruments qui permettent, par exemple, d’échanger un taux variable contre un taux fixe et réciproquement. De la même manière que les Forwards, les Swaps sont des transactions privées, de gré à gré, et ne sont donc pas régulés de manière directe.

Les racines des produits dérivés semblent être au Japon, il y a déjà des centaines d’années, avec des produits assimilables à des futures qui étaient des sortes d’assurance commerciales. Les premiers produits dérivés modernes remontent eux au XIXe siècle, avec la création du Chicago Board of Trade en 1848 et le premier marché organisé de Futures. Depuis les dérégulations des années 80, les banques se sont mises à créer des produits dérivés et à les vendre. Les banques commerciales et d’investissement qui créent ces produits dérivés sont appelées « dealers en produits dérivés » (derivatives dealers). La croissance des dérivés, depuis le début du XXIe siècle, a légèrement ralenti et on peut considérer que le marché est aujourd’hui mature. Les Etats-Unis représentent aujourd’hui 35% des volumes de Futures et d’Options. Cependant, les plus gros marchés mondiaux sont aujourd’hui le Korea Stock Exchange, le German-Swiss Exchange (Eurex), le Chicago Mercantile Exchange, le Chicago Board of Trade, le London International Financial Futures, le Bolsa de Mercadorias & Futuros (Brazil) et le Chicago Board Options Exchange. En 2001, le total des contrats gérés par ces marchés représentaient environ 4,3 milliards de contrats négociés.

Pour conclure cet article introductif, on peut aussi signaler que les produits dérivés sont encore aujourd’hui très controversés. Notamment parce que par essence, il est possible de dériver n’importe quel sous-jacent. On a notamment beaucoup parlé des CDS pendant les crise (Credit Default Swap, ou dérivés de crédit). C’est vrai que lorsqu’on utilise les dérivés pour des raisons contraires à leur création (c’est-à-dire pour spéculer uniquement et pas se couvrir contre le risque) et il faut avouer que c’est tentant, les choses peuvent se compliquer. Pour la finance, pour les clients et pour les opérateurs…

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