La zone euro encore en pleine tourmente, la barbe. Au vu de cette journée marquée par le catastrophisme, il est bon de livrer quelques éléments.

Tout d’abord, c’est vrai, la zone euro est maintenant clairement en danger, en témoignent les vives tensions sur la parité euro-dollar. Mais qu’est-ce qui menace à ce point l’euroland ?

Nous ne surprendrons personne si nous parlons tout d’abord de la Grèce. Après l’impossible coalition du début du mois qui va conduire à un nouveau scrutin le 17 juin, de fortes inquiétudes se sont réveillées chez les investisseurs mais aussi chez les dirigeants européens. Si les urnes font ressortir une majorité anti-austérité en juin prochain, il est alors possible sinon probable que la Grèce, à bout de souffle, abandonne les réformes exigées par ses principaux créanciers. Lesquels cesseraient de faire affluer les liquidités vers la Grèce sous perfusion (l’Allemagne en première ligne), ce qui provoquerait cette fois un défaut pur et simple du pays, ainsi qu’une possible sortie de la zone Euro, ce qui coûterait environ 60 milliards d’euros à la France et 80 milliards à l’Allemagne en raison de l’abandon des créances (mais les données sont difficiles à chiffrer). Un très mauvais signe est le début de panique bancaire dans le pays, avec plus d’un milliard d’euros retirés des guichets en l’espace d’une semaine, ce qui pèse sur la liquidité des établissements bancaires et nécessite le soutien de la BCE.

L’Italie constitue aussi un sujet d’inquiétude. En effet, le pays éprouve des difficultés dans la mise en place des réformes structurelles nécessaire pour rembourser sa dette de plus de 1,900 milliards d’euros (ce qui représente grosso modo 120% du PIB, un des taux les plus élevés des pays développés exception faite du Japon et de la Grèce bien entendu).

Enfin, l’Espagne inquiète aussi la communauté des investisseurs de par les faiblesses récurrentes de son système bancaire, affaibli par le niveau très important des créances douteuses dans les bilans, engendrant des provisions très lourdes et affaiblissant la solvabilité de ces mêmes banques (les pertes pour les banques pourraient atteindre 260 milliards d’euros, selon l’Institut International de la Finance). Un début de panique bancaire a aussi touché le pays, médiatisée via Bankia, la plus grande banque de retail Espagnole qui aurait enregistré d’importants retraits. L’Espagne refuse pour le moment toute aide extérieure.

Tous ces sujets d’inquiétudes vont dans le sens d’une déstabilisation financière de la zone euro et d’une nette crise de confiance. Défiants, les investisseurs se ruent aujourd’hui sur l’obligataire allemand et français, qui tous d’eux enregistrent des taux extrêmement faibles (respectivement à 1.41% et 2.74%). On en arrive même à des situations ubuesques où les investisseurs manquent tellement de confiance qu’ils sont prêts à prêter gratuitement à l’Allemagne, avec l’émission aujourd’hui de 4.5 milliards d’euros d’obligations allemandes à deux ans n’offrant strictement aucun intérêt aux souscripteurs (obligations Schatz – 0%)…ce qui étant donné le taux d’inflation attendu de 1.5-2%, revient à perdre de l’argent. Dans ce cas, il est clair que des euro-obligations chères à F. Hollande pénaliseraient l’Allemagne, qui emprunte à niveau zéro. Cette dissonance de plus entre le vieux couple Franco-Allemand n’est clairement pas de bon augure pour la résolution de la crise…et vient s’ajouter au pessimisme ambiant. Mais dans une situation de crise, avec l’euro peut-être au bord du gouffre d’ici l’été, l’avènement des euro-bonds au sacrifice des taux allemands serait peut-être le signal qui manque cruellement à l’UE, celui d’une meilleure intégration européenne ?

Nous sommes donc dans une situation dont la résolution semble impossible : les Etats sont trop endettés, ils doivent réduire leurs dépenses de manière structurelle et progressive afin de conserver des taux d’intérêts faibles pour financer leur déficit dans le même temps, mais ils doivent aussi renouer avec la croissance car sans croissance, point de résolution de la crise. Croissance que nous n’avons pas pour le moment dans la zone euro et les prévisions ne vont pas encore dans ce sens, à part de manière anecdotique en France et en Allemagne. La zone euro est d’ailleurs la seule zone économique au monde à être encore en récession, avec un chômage en hausse à 10.8% en 2012 (surtout chez les jeunes, créant le risque d’une génération sacrifiée).

La cure d’austérité imposée aux pays périphériques n’est certes pas étrangère à ces piètres performances, mais elle n’a pas encore engendré les gains de compétitivité annoncés. Si cette situation dure trop longtemps, les crises sociales feront probablement lâcher du lest et alors, quid de l’euro ?

Du côté des marchés

La bourse de Paris termine dans ces conditions en baisse de 2.62% et clôture à 3,003.27 points après avoir taquiné le support psychologique des 3,000 points à plusieurs reprises en fin d’après-midi. Le volume d’échange reste certes faible mais les doutes concernant la situation grecque et par extension la situation de l’UE l’ont emporté. Les propos du président Français qui se voulait rassurant n’y ont rien fait.

Dans toute l’Europe, les Bourses sont clairement rouge vif en ce 23 mai 2012. À Londres, le Footsie s’est ainsi rétracté de 2,53 % et à Francfort, le Dax a lâché 2,33 %. Milan et Madrid ne sont pas en reste, respectivement à -3.68% et -3,31% ce qui amène l’indice espagnol au plus bas depuis fin mai 2003. Les USA sont aussi fixés sur la zone Euro et ce qu’ils voient ne leur convient absolument pas et on les comprend. Au moment où nous publions, le Dow Jones recule de 1,09 % et le Nasdaq de 0,84 %.

 Possible faillite en Grèce, crise bancaire en Espagne…visiblement les investisseurs n’accordent aucune confiance au sommet informel des 27 chefs d’Etat européens qui doit se tenir ce soir à Bruxelles. Les désaccords franco-allemands sur les euro-bonds et le rôle de la BCE laissent en effet penser que la situation n’est pas prête de se résoudre.

Autre mauvaise nouvelle, la banque mondiale a réduit sa prévision de croissance pour la Chine de 8.4% à 8.2%.

 Du côté des valeurs, les bancaires subissent comme d’habitude lors de tels contextes, avec BNP qui perd 3.21%, Crédit Agricole 6.31% (sous les 3 euros, une pensée pour les souscripteurs de la dernière augmentation de capital), Société Générale 4.33%. Tout est rouge du côté du CAC 40 à part Carrefour qui bénéficie d’une bonne recommandation de Crédit Suisse, ou encore Alcatel et ST Microelectronics.

Plus anecdotique, de l’autre côté de l’atlantique, des plaintes d’investisseurs touchent Facebook dont le titre qui cotait 38 USD lors de l’IPO a déjà perdu environ 20% de sa valeur. Les plaintes visent certains administrateurs de même que les banques conseil américaines qui ont organisé l’entrée en bourse, pour « ne pas avoir révélé que pendant la présentation de l’opération aux investisseurs, les principales banques en charge de l’opération avaient abaissé leurs prévisions et que cette information n’avait été communiquée qu’à une poignée de gros investisseurs, pas au grand public ».

Conseils et conjoncture

Aucune perspective concernant les indices majeurs. Nous avons certes assisté à un joli rebond sur le CAC 40 et les principaux indices européens hier, mais nous ne croyons pas à une remontée durable des cours avant le prochain scrutin en Grèce qui aura le mérite de fixer la zone euro sur son sort. Sauf bien sûr en cas de mesures d’urgence décidées à l’occasion des prochains sommets européens ce qui pourrait amener des opportunités d’arbitrage sur du court terme.

Pour Aurel BGC, il s’avère désormais difficile d’anticiper une orientation des marchés sans faire des hypothèses fortes sur la possibilité ou non de sortie de la Grèce de la zone euro.
‘Le risque de défaut total, de l’Etat et des entreprises grecques, ainsi que les effets de contagion potentiels à l’ensemble du système bancaire de la zone euro, sont importants. In fine, il en va de la survie même de la zone euro. La sortie de la Grèce de la zone euro constituerait un choc économique et financier’, estime le bureau d’études. (Source : cercle finance).

 

Sans surprise, l’euro tombe sous les 1.26 dollars (1.2571 USD au moment de la clôture des marchés européens), pour la première fois depuis l’été 2010. Cela constitue une mauvaise nouvelle pour ceux qui achètent en dollars, mais il est possible que le passage par une parité plus faible soit bénéfique à l’avenir en termes de compétitivité pour les entreprises européennes. Cela en dit aussi long sur la confiance des investisseurs mondiaux dans la résolution de la crise européenne qui nous fatigue chaque jour un peu plus.

Si le support des 3,300 points est franchi, il ouvre la voie à un retour sur les plus bas de 2011.

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