Merdier. L’expression nous a d’abord paru un peu forte, mais mise en parallèle avec la situation ubuesque du vieux continent, cela semble en fait approprié.

Que d’espoirs déçus ! Après un accord conclu à l’arrachée sur un agrandissement de la force de frappe du FESF (le fonds de stabilité européen qui doit soutenir la stabilité financière en Europe et particulièrement en venant en aide aux pays de la zone Euro en difficultés), afin de résoudre la crise de la dette (dont la latence depuis des mois commence à tous nous fatiguer), retour (presque) à la case départ.

On s’en souvient, la journée de jeudi, après les annonces optimistes émanant de nos instances dirigeantes européennes, s’était soldée par une spectaculaire envolée des indices en Europe : le CAC 40 à + 6.28%, brisant ses dernières résistances pour dépasser les 3,360 points (du jamais vu depuis début août), tirée par les bancaires BNP, Crédit Agricole et SocGen qui progressaient de 16 à 22% en une journée. Le reste de l’Europe n’était pas en reste, avec des progressions notables sur le DAX (+5.35%), Milan et Madrid également (respectivement +5.49% et 4.96%), tandis que Londres, moins impactée par la crise de l’Euro, était en hausse d’un « modeste » 2.89% étant donné le benchmark.

Enfin, les autres places boursières du monde, soulagées, avaient également réalisé d’excellentes performances en cette journée, après notre accord auto-qualifié d’historique par notre président.

L’optimisme était en effet revenu. Peut-être d’ailleurs un peu trop vite, selon les dires même de JC Trichet (remplacé depuis à la tête de la BCE par Mario Draghi). Certes, l’effet d’annonce est important mais il faut que tout cela soit suivi d’actions. Mais rien qu’un accord de la sorte était déjà une bonne nouvelle. Soit.

Pourtant, avant-hier lundi 31 octobre, peu après la clôture, notre ami G.Papandreou nous avait concocté une petite surprise : un referendum tout fringuant sur le plan de sauvetage récemment décidé, dans son pays.

Très bien me direz-vous, c’est un élan démocratique ! On demande enfin aux Grecs de se prononcer sur leur avenir, après des mois de décisions imposées et de rigueur. C’est à presqu’en avoir la larme à l’œil. Cependant il faut être conscient d’une chose : les Grecs en ont plutôt assez de leur situation économique exécrable. Ils risquent de voter NON au plan d’aide si la question leur est posée via ce referendum, ce qui aurait le pouvoir de tuer dans l’œuf ce même plan, que nous avions pourtant tant attendu car si difficile à mettre en place. Voilà pourquoi cette idée n’est pas bonne. Au passage, cessons de rendre les Grecs et leur gouvernement irresponsable. Ce qui leur arrive, cela peut paraître dur de le dire mais cela n’en reste pas moins vrai, est tout autant la faute des banques que de la leur, le gouvernement ayant contracté des emprunts à n’en plus finir, de manière non transparente, tout en vivant au dessus de ses moyens ; les Grecs faisant preuve quant à eux de très peu de civisme et de conscience économique étant donné le niveau ahurissant de fraude fiscale. L’Europe est prête à faire un gros effort, mais il faudrait aussi payer ses impôts mes amis !

Une déclaration, peut-être un peu démagogique mais assez parlante, a été faite à ce propos par F. Fillon : « Il faut rappeler aux peuples européens, et singulièrement au peuple grec, qu’on ne peut pas être dans l’Europe pour bénéficier de sa solidarité et à côté de l’Europe pour échapper à sa discipline à laquelle chaque nation doit consentir »… On comprend que M. Sarkozy et Mme Merkel n’étaient pas contents, en plus d’avoir perdu plus d’une nuit de sommeil, voilà que Georges P. leur coupe leur main tendue ! Le G20 va voir des discussions intéressantes en tous cas ; heureusement il y aura toujours le soleil de Cannes…en fait non, même la météo semble être contre l’Europe, on prévoit de la pluie.

Aujourd’hui, les scénarios les plus extrêmes ont fait leur retour : Grèce kicked out de la zone Euro (avec pour effet de décrédibiliser la région et d’alimenter encore la spéculation), statuquo (impossible étant donné la volatilité et les risques sur les autres dettes souveraines que cela engendre), ou sauvetage in-extremis, encore une fois. On commence de nouveau à parler de défaut total de la Grèce sur sa dette. On passe donc de Charybde en Scylla.

Il ne faut pas non plus oublier que l’incertitude engendrée par la crise européenne entraîne une instabilité intrazone et des risques de plus en plus forts de contraction de l’économie. Il ne s’agit pas de tout faire reposer sur la Grèce comme un bouc émissaire mais de dire clairement ce qui est vrai.

Un espoir cependant : le referendum n’est pas encore totalement confirmé et il ne devrait pas porter sur le maintien du pays dans la zone euro (mais uniquement sur le plan d’aide européen).

En attendant, les résultats ont été là hier : effondrement des marchés actions (Paris : -5%, Francfort : -5%, Madrid : -4.19%, Milan : -7%, Londres aussi corrigée : -2.21%). Dépression généralisée.

Pour la journée du 2 novembre : CAC 40 qui clôture à +1.38%, consolidant après la correction d’hier, tiré par Renault, St Micro, Bouygues, Alcatel mais aussi BNP, plombé par contre par Suez Environnement, L’Oréal, SocGen et Unibail Rodamco. Wall Street est également dans le vert, tandis que le Nikkei perdait encore plus de 2%.

Au niveau des fondamentaux, la situation n’est pas négative, avec 110,000 créations d’emplois en octobre aux USA (contre un consensus de 100,000), le chômage en Allemagne s’est légèrement accru mais reste faible, la Fed choisit de continuer dans sa politique actuelle et les dépenses des ménages américains progressent.

Ci-dessous, l’évolution de l’indice phare parisien aujourd’hui :

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