On parle souvent d’effet de levier que ce soit pour une position en bourse ou au sein même d’une entreprise. Mais quels sont ces leviers, comment les mesure-t-on et quels sont les risques et les avantages d’avoir un levier plus ou moins élevé ? Cet article tente de répondre à ces questions.

Tout d’abord, on peut dire que le levier consiste en la part des coûts fixes dans l’ensemble des coûts et des charges que supporte une entreprise.

Ces coûts fixes sont de plusieurs sortes. On distingue généralement les coûts fixes opérationnels, c’est-à-dire relatifs à l’activité courante de l’entreprise, à son métier (exemple : une charge de location de locaux techniques, une dotation aux amortissements) et également les coûts fixes des opérations de financement de l’entreprise (par exemple une charge d’intérêts). En ce qui concerne les coûts fixes opérationnels, on fait référence au levier opérationnel et en ce qui concerne les coûts « financiers », on fait référence au levier financier.  Le levier global est constitué de l’ensemble des coûts fixes émanant de ces deux sous-catégories.

Pourquoi ce terme de levier ? Il faut savoir qu’il existe deux types de coûts ; les coûts fixes on l’a vu : leur caractéristique est d’être fixes, quel que soit le niveau de production de la société, ils resteront toujours les mêmes. Mais les coûts peuvent aussi être variable : dans ce cas, ils seront plus ou moins importants en fonction du niveau d’activité de la société (on peut ici prendre l’exemple des pommes de terre pour un producteur de frites, plus il y a de production de frites, plus on utilise de pommes de terre et inversement ; par contre pour ce même producteur, quel que soit le niveau de production, il aura toujours à payer la même charge pour son loyer). On utilise donc le terme « lever » car les coûts fixes ont un effet multiplicateur sur les profits. Reprenons l’exemple de l’industriel qui produit et vend des frites à partir de pommes de terres achetées à un fournisseur. Si ses charges fixes sont élevées et qu’il y a peu de charges variables et s’il produit beaucoup, les recettes seront très importantes et les charges fixes toujours les mêmes : le profit sera important. Si au contraire la production chute pour x raisons, il se peut que les recettes ne puissent pas égaler le niveau de charges fixes (qui, elles, ne diminuent pas). Ainsi, plus il y a de charges fixes dans la structure de coûts de l’entreprise, plus le risque est présent. En période faste, les profits seront très importants mais lors de récessions ou tout du moins de période plus difficile, les charges fixes élevées pourront créer des pertes financières tout aussi importantes, alors que les charges variables ont un effet « tampon », à la hausse comme à la baisse.

Comment calcule-t-on le levier opérationnel ?

Le levier opérationnel correspond au risque attribué à la structure des coûts (part des coûts fixes dans les coûts totaux). Plus les coûts fixes sont importants par rapport aux coûts variables opérationnels, plus le levier est fort et plus il y a de risque opérationnel.

Le calcul est simple et relativement proche de la notion d’élasticité :

Levier opérationnel = % de changement dans le résultat opérationnel / % de changement dans le nombre de ventes réalisées

On peut aussi le calculer par : [Quantité x (prix de vente – coût variable) ] / [Quantité x (prix de vente – coût variable) – coûts fixes opérationnels]

Par exemple, pour une société qui vend 1000 produits à 10 euros, avec 3 euros de charges variables par produit et 4000 euros de coûts fixes opérationnels, on a :

[1000 x (10-3)] / [1000 x (10-3) – 4000] = 7000 / 3000 = 2.33, ce qui veut donc dire que lorsque les quantités vendues changent de 1%, le résultat opérationnel change de 2.33%. Plus le levier opérationnel est élevé, plus donc le risque de subir une perte lors d’une diminution des ventes est présent.

Comment calcule-t-on le levier financier ?

Le levier financier matérialise le risque financier, c’est-à-dire le risque associé à la façon dont une entreprise finance ses opérations courantes. Plus l’endettement est important, plus le risque est présent puisque les charges financières fixes seront plus élevées.

Le levier opérationnel représente la formule suivante : % de changement dans le résultat net / % de changement dans le résultat opérationnel, c’est-à-dire :

[Quantité x (prix de vente – charges variables) – charges fixes] / [Quantité x (prix de vente – charges variables) – charges fixes – frais financiers]

Si on reprend l’exemple du fabricant de frites en ajoutant des charges d’intérêts de 1500 euros car la société est endettée, on a le levier financier suivant :

[1000 x (10-3) – 4000] / [1000 x (10-3) – 4000 – 1500] = 2. Donc pour 1% de changement dans le résultat opérationnel, le résultat net (qui tient compte des charges financières) variera de 2%.

Comment calcule-t-on le levier total ?

Le levier total d’une entreprise est tout simplement la mesure de la sensibilité du résultat net par rapport à la variation des quantités vendues. Pour le calculer, il faut faire le produit de ses deux composantes : le levier opérationnel et le levier financier.

En effet, le levier total correspond à : % changement du résultat net / % changement des quantités vendues, soit [% de changement du résultat opérationnel / % de changement des quantités vendues] x [% de changement dans le résultat net / % de changement dans le résultat opérationnel] = Levier opérationnel x Levier financier.

Pour notre exemple précédent, le levier total correspond à :

[1000 x (10-3)] / [1000 x (10-3) – 4000 – 1500] = 7000 / 1500 = 4.66

Vérifions : Levier opérationnel x Levier financier = 2.33 x 2 = 4.66

On peut donc dire que étant donné la structure de charges supportée par l’entreprise, pour toute variation de 1% du chiffre d’affaires, le résultat net va varier de 4.66%, soit 4.66 fois plus.

Mesurer le levier, c’est donc mesurer le risque. Dans toute analyse, il est important de connaître les risques auxquels est exposé le business et de comparer par rapport à des entreprises similaires.

Identifier les limites

Il existe des calculs simples pour savoir, en connaissant la structure de coût de l’entreprise, à quel moment le point mort sera franchi. Le point mort est égal au niveau où les produits (richesse créée) de l’entreprise sont égaux aux charges (richesses utilisées), c’est-à-dire quand l’entreprise ne réalise ni un profit, ni une perte. Ainsi, franchir le point mort à la hausse signifie créer des profits. Le franchir à nouveau, mais à la baisse, signifie générer des pertes, ce qui est à éviter, le but de toute entreprise étant tout de même de gagner de l’argent.

Le point mort se calcule, très simplement, par l’équation suivante :

(Coûts fixes opérationnels + coûts fixes financiers) / (Prix de vente du produit – coût variable par produit).

Pour notre exemple utilisé dans cet article, cela donne : (4000 + 1500) / (10 – 3) = 785.7

Ce résultat se lit de la façon suivante : il faut, dans cette entreprise, vendre 786 produits pour atteindre le point mort. Si moins de 786 produits sont vendus, on génèrera une perte. Si les ventes s’établissent à plus de 786 produits, un profit sera enregistré.

Bien sûr, les cas présentés ici sont simples. Lorsque la structure des coûts est complexe et lorsque différents types de produits sont vendus, les calculs sont plus complexes. On fait généralement appel au contrôle de gestion pour ce type de problématiques.

Quant à l’effet de levier côté marchés financiers, il s’agit d’une autre histoire, à découvrir dans un autre article.

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