C’est un séisme. Le referendum sur le Brexit a vu le YES l’emporter contre tout attente, à 52% contre 48% d’après les résultats communiqués en début de matinée le 24 Juin. Cette différence met à l’écart tous doutes quant à d’éventuelles erreurs statistiques : le Royaume-Uni a bien voté en majorité pour la sortie de l’Union Européenne.

La plupart des régions sont out, excepté les fiefs Européens que sont le grand Londres, l’Ecosse, mais également l’Irlande du Nord et Gibraltar.

Le résultat de tout cela ? Une sévère correction sur les marchés financiers. Depuis une semaine, ceux-ci étaient pourtant rassurés par plusieurs sondages favorables donnant le Remain gagnant avec 50.5 à 54% des votes. Les bookmakers donnaient également le camp du Remain largement gagnant. Plusieurs sondages de grande envergure ont également été commandés par d’importantes institutions financières et rendaient le même verdict. Enfin, les sondages à la sortie des bureaux de votes donnaient encore une fois le maintien dans l’UE gagnant encore hier soir.

Mais la volatilité a rapidement gagné les marchés. Deux cas de figure se posaient : soit le Remain l’emportait et il fallait s’attendre à une légère correction notamment sur les indices boursiers (en raison de l’euphorie trop importante ayant prévalu ces derniers jours – l’adage ‘acheter la rumeur, vendre la nouvelle’ est toujours d’actualité); soit le Brexit triomphait et dès lors, la chute serait brutale.

Les premiers résultats se sont succédés à partir de minuit. Mis à part quelques régions sans surprise (la City, Gibraltar…), l’avance du camp du Brexit était perceptible. Premières poussées de volatilité, Livre Sterling attaquée, pétrole en légère baisse, futures sur indices rouge vif… Mais les choses changeaient et le Remain se retrouvait en tête avec 1/3 des dépouillements effectués, à environ 2h30-3h du matin GMT. Les marchés pouvaient souffler.

Puis en début de matinée, la news tombe : c’est le Brexit qui l’emporte. La plupart des régions attendues en faveur du Brexit l’ont été encore plus que prévu. Le choc est énorme, les conséquences immédiates :

 – chute des marchés action un peu partout : à la mi-journée, le CAC 40 est en baisse de 8.5% (à titre de comparaison, le CAC 40 n’avait perdu que 3.78% le 15/09/2008, jour de la faillit de Lehman Brothers – le record étant une baisse journalière de 9% le 06/10/2008), le FTSE 100 Londonien perd 4.6%, le DAX -6.7%, la palme revenant à l’Italie qui perd près de 10% sur le FTSE MIB. La baisse est bien entrainée par les banques : SocGen à -19%, BNP -17%, Crédit Agricole -14% et aussi les cycliques avec par exemple Peugeot qui lache près de 16% à la mi-journée.

C'est bien un crash : la réaction du CAC 40 au Brexit

C’est bien un crash : la réaction du CAC 40 au Brexit

 – ruée vers les valeurs refuge : Or, Yen

La baisse des commodities et l'achat des métaux précieux - Source: Bloomberg

La baisse des commodities et l’achat des métaux précieux – Source: Bloomberg

 – baisse, plus modérée mais importante, du pétrole et de l’ensemble des commodities

 – baisse de 15 bp du Bund allemand qui s’enfonce encore plus en territoire négatif

Chute des rendements des taux allemands - Source: Bloomberg

Chute des rendements des taux allemands – Source: Bloomberg

 

Le retour des tensions sur les spreads : l'Allemagne et la France en profitent, pas les pays du Sud / Source: Bloomberg

Le retour des tensions sur les spreads : l’Allemagne et la France en profitent, pas les pays du Sud / Source: Bloomberg

 – dépréciation sans précédent de la devise Britannique, le GBP

Puissante chute de la GBP face au USD - Source: Les Echos Investir

Puissante chute de la GBP face au USD – Source: Les Echos Investir

Mais le pire dans cette situation demeure l’incertitude. Et les marchés détestent l’incertitude. 

 – Incertitude sur l’avenir du Royaume-Uni tout d’abord : D. Cameron a fait part de sa démission suite à une allocution devant le 10 Downing Street. Il a insisté sur sa vision d’une Grande Bretagne plus forte dans l’Union Européenne, mais a également été clair : il quitte ses fonctions car il s’agit aussi d’une défaite personnelle, mais le choix du peuple Britannique doit être respecté. Une belle leçon de démocratie. Son successeur (peut-être l’excentrique Boris Johnson, Tory et fervent supporter du Brexit) aura la responsabilité d’expliquer à l’UE le choix du Royaume-Uni et d’enclencher l’article 50 (qui prévoit les conditions de sortie d’un Etat membre au cours d’un processus de négociations pouvant durer 2 ans);

 – Incertitude sur le devenir de l’Union Européenne : ce qui est redouté est un effet domino. D’autres pays pourraient tenter d’obtenir des concessions sur des aspects spécifiques ce qui mettrait en péril l’égalité dans l’Union. D’autres référendums pourraient être proposés, à la fois pour quitter l’Union (on pense à des pays comme la Pologne, ouvertement euro-sceptiques) mais aussi pour faire sécession (on pense à l’Ecosse, pro-UE et qui pourrait chercher à obtenir un nouveau référendum pour quitter le Royaume-Uni et mettant en péril l’intégrité territoriale du pays, des déclarations vont dans ce sens et le sujet est déjà sur la table en ce 24 Juin; on pense aussi à la Catalogne). Enfin, les partis populistes vont continuer à faire parler d’eux, tout d’abord via les élections en Espagne où Podemos pourrait être favori. La chienlit donc.

 – Incertitudes sur l’état de l’économie Britannique et Européenne : quelles vont êtres les conséquences ? Tout le monde semble s’accorder sur une dépréciation importante de la Livre Sterling. A court terme cela ne fait aucun doute, mais à plus long terme rien n’est moins sûr. Sans l’UE, malgré tous les désavantages que ceci représente, le Royaume-Uni pourrait tout de même conserver à la fois des règles souples en matières de visa (libre circulation des personnes), en matières d’échanges commerciaux (libre circulation des marchandises) et en matières de financements (libre circulation des capitaux). Statu Quo avec une seule différence : le pays acte ses propres règles. Il s’affranchirait donc par exemple des régulations de l’UE sur les bonus des banquiers afin d’être plus compétitif pour continuer à attirer les talents. Une possibilité est aussi le fait de privilégier les accords bilatéraux avec les nations de l’UE et de Schengen. Et de devenir une sorte de plaque tournante mondiale et indépendante de la finance. Mais la transition ne sera pas sans risque et il est certain que le patrimoine des Britanniques libellé en GBP va souffrir à court terme. Et il faudra des années pour renégocier l’ensemble des traités commerciaux.

Cela fait beaucoup d’incertitudes. Beaucoup trop pour des marchés financiers sous pression. 2016 est bien une année pourrie. Ce vendredi 24/06 mérite son nom de noir. Et les élections américaines qui arrivent peuvent aussi apporter leurs lots de désagrément, quel qu’en soit le résultat d’ailleurs. L’UE est à une période charnière de son histoire. Elle doit se resaisir et utiliser cette claque pour changer, s’améliorer, devenir plus démocratique et répondre à tous les arguments des pro-Brexit. Cela doit être une leçon.

Pour en revenir aux marchés, il est trop tôt pour pouvoir se positionner. Les Banques centrales vont bientôt toutes intervenir, de manière coordonnée. Elles attendent simplement de voir à quel niveau la stabilisation aura lieu. Il est possible que la situation soit résolue sans trop de heurts. Dans ce cas seulement l’opportunité de revenir sur les actifs risqués émergera. D’ici là, le monétaire, l’obligataire et les valeurs refuges seront privilégiées. Les commodities pourront aussi refaire surface rapidement, d’autant plus qu’aucun changement sur la situation du Royaume-Uni n’est attendu avant plusieurs mois. Les fondamentaux mondiaux n’ont pas drastiquement changé.

Nous terminerons par cette phrase de Winston Churchill : “We cannot aim at anything less than the Union of Europe as a whole, and we look forward with confidence to the day when that Union will be achieved.” Faisons confiance au pragmatisme Britannique. Nous trouverons une solution.




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