Après une trop longue période de stagnation qui a porté sur les nerfs de bien des investisseurs (il n’y a rien de pire que des cours flat), le marché a subi une consolidation assez notable il y a deux séances, avec une correction de près de 3% (plus forte baisse sur l’indice phare français depuis près de 3 mois). L’ensemble des indices est toujours tiraillé entre d’une part les bonnes nouvelles sur le plan économique (aux US, car en Europe il faut attendre un peu notamment en raison des deux malades que sont la France et l’Italie en termes de croissance et de climat des affaires) et le probable tappering (du moins attendu par le consensus dans les prochains mois). Il semble toutefois que les marchés commencent à sortir de la logique « bonne nouvelle = mauvaise nouvelle car tappering plus probable » ce qui constitue clairement une rupture au regard de la façon d’analyser les cours par la plupart des investisseurs depuis maintenant plus d’un an. Aujourd’hui alors que la politique de la Fed est attendue moins accommodante en raison des performances de l’économie américaine, la BCE prend le contrepied comme l’a montré la baisse « surprise » du principal taux directeur de 0.5% à 0.25% le mois dernier.

Quels peuvent être les effets sur les marchés et plus spécifiquement sur le marché français ? Il y a ici deux scénarios :

1/ on peut analyser la récente consolidation du CAC 40 comme une pause salutaire après des mois de tendance haussière suivis de 2 mois de stagnation. L’indice a rebondi sur son support principal de 4,120 points et on peut encore considérer que le tappering de la Fed n’aura pas lieu avant le premier trimestre 2014 (voir le discours de Yellen, remplaçante de Bernanke, à propos de la politique accomodante menée aux US + déclaration d’hier). On peut aussi estimer que la BCE, au regard du climat des affaires en zone euro et de la faible inflation intrazone, cherchera encore à rassurer les investisseurs cet après-midi et continuera sur sa lancée très accomodante avec la garantie de politiques non-conventionnelles si nécessaire au vu de la fragilité de la reprise. Dans ce cas, on peut viser le rebond du CAC et voir la récente consolidation comme une opportunité d’achat (les indicateurs techniques sont à notre sens plutôt bull).

2/ a contrario, on peut analyser la baisse des cours comme un premier sursaut baissier, qui sera renforcé par la probabilité de plus en plus forte que l’injection de liquidités sur les marchés va diminuer en volume (en tous cas aux USA). Les mouvements haussiers sur les taux peuvent aussi corroborer cette hypothèse qui aboutirait sur une première réallocation d’actifs des actifs risqués vers l’obligataire (voir les plus hauts jamais atteints des indices US ou encore du DAX). Cependant cette hypothèse n’est pas notre scénario central à ce jour.

Nous pensons donc qu’il existe encore des opportunités pour se repositionner à la hausse sur les actions, tout du moins d’ici le premier trimestre 2014 mais sans être à l’abri d’un changement de politique de la Fed, qui aura de toutes façons lieu au cours des prochains mois mais d’une manière progressive pour éviter toute panique. Les marchés doivent sortir de la bulle alimentée par cet afflux de liquidités et revenir sur les fondamentaux. Toutefois, notre vision sur le CAC 40 reste plus pessimiste : comme attendu (voir notre note trimestrielle 2 de 2013), le potentiel du marché français reste inférieur à ses pairs européens. Le CAC 40, alourdi par les piètres performances françaises, ne profite plus autant des mouvements haussiers et corrige souvent plus fortement à la baisse (mis à part le marché turc, l’indice vedette français est celui à avoir clôturé le plus en baisse mardi dernier, en Europe). Une corrélation à l’indice devient donc plus risquée à nos yeux et d’ici le premier trimestre 2014, il convient d’être très vigilant quand aux évolutions des cours, aux signaux techniques et aux déclarations des différentes banques centrales. Une stratégie de stock-picking utilisant un portefeuille plus défensif serait à privilégier.

Deuxième point intéressant à développer aujourd’hui : les performances intéressantes de l’économie en Grande Bretagne. En effet, nous avions défendu les réformes menées par le gouvernement issu de l’alliance des Tories et du centre au printemps, puis renchéri sur les premiers signaux positifs de la cure d’austérité de Londres sur l’économie britannique cet été. Il apparait aujourd’hui que Londres a globalement réussi son pari : renforcer sa position de planque tournante de la finance mondiale, redresser la croissance (+ 3.8% attendus en 2014 soit un taux parmi les plus élevés des pays développés), attirer les entrepreneurs et les entreprises étrangères, pousser à la consommation et à l’investissement via des baisses d’impôt pour contrecarrer la diminution du pouvoir d’achat de certains agents économiques. Une leçon d’économie donnée à la France, d’ailleurs (tiens, encore une augmentation du taux de chômage au 3e trimestre, ça vient de tomber). Qui ne s’en inspirera probablement pas. Et les marchés actions français subiront donc probablement tout en restant corrélés aux autres indices européens et nord-américains mais avec un rendement espéré inférieur et une volatilité globale plus forte.

Autre information à mentionner : le yuan devient cette année la 2e devise commerciale après le dollar US et devant l’euro. Le monde change. Nous attendons la continuation de l’appréciation de la devise chinoise étant donné les fondamentaux solides par rapport aux autres économies émergentes.

Notre avis sur le CAC 40

Nous ne sommes pas frénétiquement baissiers car nous attendons un rebond ce qui pourrait se confirmer aujourd’hui (financières bien positionnées dans l’attente des news à venir, acheteurs présents face aux bears) après la non cassure du support de 4,120 points hier. A suivre : les minutes de la BCE et la conférence de Mario Draghi cet après-midi, ainsi que les statistiques de l’emploi américain demain.

Objectif : 4,170 puis 4,220, invalidation sous 4,120.

Le RSI est haussier, le cours touche le Bollinger inférieur semblant confirmer le signal d’un stop à la baisse. MACD avec une tendance baissière peu claire.

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