Voici un article de recherche, rédigé par nos soins, sur la crise financière de 2007-2008. Bonne lecture.

Ces vingt dernières années ont été marquées par la montée de l’instabilité financière et les crises bancaires qui sont intervenues depuis lors sont la partie visible de cette instabilité, cette volatilité intrinsèque au secteur financier. Les « défaillances bancaires sont au centre des crises économiques et financières récentes » et que la libéralisation, la dérégulation financière rend les banques plus vulnérables aux chocs macroéconomiques. Généralement, les dégâts peuvent aussi être limités par des actions de régulation et des politiques publiques adéquates.

Concernant la toute dernière crise qui fait encore parler d’elle en 2011, la crise de liquidité, financière puis économique qui a montré ses prémices en 2007 a été déclenchée par la défaillance de fonds spécialisés dans la spéculation sur les crédits immobiliers américains et  a pris beaucoup d’institutions financières par surprise. Cette crise a déjà « profondément transformé l’économie bancaire à l’échelle internationale » et de nombreuses banques ont dû s’adapter, modifier leurs stratégies ou disparaître.

La crise a, fait rare, entraîné toute la communauté financière internationale à une vaste réflexion sur les meilleures pratiques dans la finance et sur les marchés.

Pour la première fois, une crise économique a débuté par une crise de liquidité et non l’inverse. A l’instigation des Etats-Unis principalement, les marchés financiers ont vu leur pouvoir fortement accru entre les années 70 et la fin des années 2000. Les années 90 ont eu leur lot de crises financières, sans compter l’effondrement de la bulle Internet en 2000. Entre 2000 et 2007 toutefois, les marchés ont connu une période d’euphorie avec une véritable apogée en 2005-2006. Cette crise que nous n’avons pas encore fini de traverser a aussi été une crise des nouveaux produits dérivés, de la titrisation, de la liquidité comme nous l’avons dit, mais surtout une crise de confiance où le risque systémique a joué un rôle non négligeable. La crise de 2007-2008 est en effet la première crise de la titrisation, des produits dérivés et des produits structurés.

Les conséquences de cette crise ont été très graves : fortes dépréciations d’actifs, diminutions de la capitalisation boursière, augmentation des défauts, chute des résultats nets des banques, implication des Etats pour soutenir l’économie, hausse des ratios de solvabilité et des fusions acquisitions…

Les débuts de la crise

En 1933, Irving Fisher a développé une théorie selon laquelle « toute crise est précédée de surendettement puis accompagnée de déflation. La dette et l’évolution des prix sont les facteurs clés de la gravité et de la durée des crises ». Il a fallu attendre 2007 pour observer une des illustrations les plus justes de cette doctrine.

La crise des subprimes d’où découle tout le reste est l’une des conséquences de la volonté politique américaines de permettre à 70% des américains d’accéder à la propriété de leur logement. Même les plus modestes doivent avoir la possibilité d’emprunter. Ainsi, les banques ont prêté à des clients peu solvables et risqués à la demande de l’autorité politique. Ces emprunteurs de subprimes appartiennent très souvent à la frange la moins aisée de la population américaine, ceux qui se partagent en tout et pour tout 2,8 % du patrimoine national. En prêtant, même à taux variable et en tablant sur l’appréciation des prix de l’immobilier, des créances douteuses ont toutes les chances d’être créées.

Les ménages récemment endettés à taux variable avec un apport minimum et sous le gage du bien lui-même ont vu les taux d’intérêt augmenter et ont dû se séparer de leur logement face aux charges devenues trop fortes pour eux. Les biens sont ensuite mis en vente par les banques créancières et la dichotomie entre offre et demande sur le marché immobilier engendre une chute des prix. Ce sont ces mécanismes qui sont le déclencheur de la crise, avec un terrain favorable à celle-ci pour se répandre : celui de « l’endettement des ménages et de l’économie américaine ». Le graphique ci-dessous montre bien la progression de l’endettement hypothécaire dans le monde, jusqu’à la crise.

Même si ce phénomène n’est pas spécifique aux Etats-Unis (avec le surendettement latent des économies développées), c’est de lui que vient très vraisemblablement le déclenchement de la crise que nous connaissons. Par ailleurs, la variable la plus importante pour la reprise est la consommation des ménages américains (près du tiers de la consommation mondiale). C’est donc aussi un support de la crise.

Que s’est-il passé ensuite ? Ce qu’il faut savoir, c’est que la titrisation (qui correspond à la transformation de titres de créance non négociables en titres négociables avec un avantage pour les banques : fournir de la liquidité et transférer du risque) a fait entrer en jeu un élément nouveau : la création d’un lien étroit entre la finance intermédiée par les banques et la finance de marché. Les mécanismes de transmission du risque, véhiculant la crise en gestation, ont été plus brutaux et plus rapides qu’auparavant  et c’est ce qui explique le fait que certains acteurs ont été pris au dépourvu. La modèle des dominos (un classique de la contagion financière, voir schéma ci-dessous) a été modifié avec l’introduction de la titrisation.  Avec la titrisation, on introduit le marché, ses règles, ses comportements. Le prix des actifs n’est plus, dès lors, seulement dépendant de leurs caractéristiques intrinsèques. Il est fonction des anticipations des acteurs du marché ». Alors même que les risques sont divisés par cette titrisation, la qualité du sous-jacent est moins bien analysée face à l’augmentation très forte des volumes titrisés. Une certaine opacité s’installe donc.

Dès février 2007, un indicateur « ABX-HE » relié aux crédits immobiliers (lien avec les subprimes) décroche. Des actifs autrefois considérés comme sans risque deviennent risqués car côtés en dessous de leur valeur nominale. Ce décrochage a bien évidemment alerté les professionnels mais a aussi provoqué les premières tensions sur la liquidité. En mai 2007, certains produits financiers à fort développement ne trouvent plus preneur, le marché devient méfiant. La confiance est encore détériorée avec l’abaissement de notes sur certains actifs par Moody’s en juillet.

Une illustration : le développement des produits dérivés

Le déclenchement brutal de la crise : un bon indicateur, l’écart des taux interbancairesLa rupture au niveau des capitalisations bancaires : autre illustration sans appel de la crise

Les conséquences sur la finance et sur les banques

L’incertitude progressant, la vision des acteurs du marché va brutalement changer : des actifs commencent à être vendus, les prix diminuent, l’inquiétude s’étend progressivement à l’ensemble des marchés. Le risque revient dès lors au centre des préoccupations des investisseurs qui montrent des signes de frilosité manifestes après l’euphorie de 2006. Les primes de risque grimpent, des phénomènes de mimétisme apparaissent : la crise, après avoir gagné les esprits, devient palpable physiquement et avec elle la panique gagne les marchés. Dans les passifs des banques, les actifs titrisés qui ne trouvent plus preneurs sont immobilisés et vont séjourner durablement dans les bilans. Les banques doivent faire le nécessaire pour évaluer ces titres « bloqués », « exercice qui va se compliquer car il n’y a plus de marché, donc plus de prix ».

Le blocage des marchés a aussi une autre conséquence : la crise de liquidité. Les banques ne se prêtent presque plus les unes aux autres car elles sont dans l’expectative. Elles sont de plus encombrées par la somme des actifs titrisés et douteux qu’elles détiennent dans leurs bilans et dont elles n’ont aucune assurance de pouvoir les céder un jour. Ainsi, l’argent prêt à être investi, la liquidité, devient de plus en plus difficile à trouver. Cet aspect, surnommé souvent la « crise cardiaque » des entreprises, engendré par le blocage des marchés, pousse les banques françaises à faire appel à la Banque Centrale Européenne pour se refinancer, notamment via l’intermédiaire du système de l’open market. Les banques vont céder des créances, en garantie à la BCE, afin d’obtenir cet argent frais en contrepartie. Ce qui a été fait ensuite par les banques a été le comptage des actifs, pour essayer de chiffrer, d’évaluer leur patrimoine. En effet, durant la période d’euphorie, certains établissements bancaires ne savaient pas précisément où ils en étaient (un phénomène courant lorsque l’argent coule à flots). Mais dès que la crise est apparue, les systèmes ont dû s’adapter, sauf pour les plus grandes banques dont les procédures sont restées rigoureuses. En septembre 2007, une accalmie se profile toutefois. Cela laisse le temps aux acteurs d’évaluer la situation, grave au demeurant. Fin 2007 et début 2008, les monolines (compagnies d’assurance de droit américain qui fournissent aux banques une garantie sur le risque de perte des produits structurés) sont en difficulté (faillite d’ACA en décembre 2007). En mars 2008, la grande banque d’investissement Bear Stearns, touchée par les subprimes, est rachetée par JP Morgan Chase après avoir vu son action perdre 80% de sa valeur. Les banques ne sont plus à l’abri, le vieil adage « too big to fail » n’est plus d’actualité. La nationalisation de la banque britannique Northern Rock (en proie à de graves difficultés de liquidité consécutives aux subprimes et aux retraits massifs des clients paniqués : « bankrun ») en février 2008 en est une autre illustration.

Parallèlement à cette partie consacrée aux conséquences de la crise, nous pouvons étudier quelques données issues de l’AMF :

Les données exposées supra donnent une idée assez claire de l’impact de la crise sur la finance. Alors même que les années 2005 et 2006 ont été extrêmement prolifiques (faisons référence encore une fois à l’idée de « période d’euphorie financière »), on constate un net ralentissement en 2007 (année de l’incertitude) et une baisse non moins nette en 2008 (crise financière). Les prix et les volumes ont subi un impact notable et les capitalisations ont logiquement diminué.

Pour étudier les résultats des banques françaises face à la crise, voici le tableau suivant :

On constate, sur les trois années étudiées, une diminution de la rentabilité et des résultats alors même que les charges sont contenues et stabilisées. Le Produit Net Bancaire (PNB) des banques FBF a été impacté, surtout en 2008 avec le début de la crise financière : ce sont les intérêts et produits assimilés qui ont subit une baisse, alors même que les commissions ont augmenté ce qui souligne que la baisse d’activité n’a pas été forte. On constate aussi des dotations aux provisions de plus en plus conséquentes, en prévision des difficultés potentielles futures. Toutefois, nous pouvons signaler encore une fois que les banques françaises ont montré de bonnes résistances à cette crise, les banques les plus impactées étant celles ayant beaucoup eu recours à la titrisation.

Enfin, ce dernier graphe est intéressant car il montre le prolongement de la crise financière : la crise économique qui a touché les agents économiques nationaux à partir de mi 2008 avec une forte recrudescence des défaillances qui atteignent un pic en 2009.

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