Le CAC 40 a perdu plus de 2% aujourd’hui, plus exactement en retrait de 2.47% à 3,189.09 points, cassant un support que nous considérions comme important, celui des 3,200 points. Sur les autres places européennes la même tendance est observable avec Londres qui se replie de 1.03% et Francfort qui lâche 2.36%. L’eurostoxx 50 fait également très grise mine puisqu’il s’est rétracté de près de 2.6%. Milan et Madrid, comme on peut aussi s’y attendre, chutent de leur coté de respectivement 3,5% et 3,6%. En bref, nous sommes revenus à des niveaux de valorisation qui sont faibles et même très faibles et les indices français se positionnent de manière médiocre entre le Royaume Uni et l’Allemagne d’un côté (le UK étant plus à l’abri des tensions sur la zone euro) et l’Italie et l’Espagne de l’autre (mais ce n’est pas une surprise). Encore une séance comme celle-ci et le CAC aura clairement effacé les gains enregistrés depuis le début de cette année qui commençait pourtant très bien. Côté valeurs, ce sont les cycliques/industrielles (Lafarge, Peugeot) qui ont le plus pâti de cette tendance dépressive, L’Oréal étant le seul titre à parvenir à se maintenir, grappillant tout juste 1%). Les bancaires ne sont également pas à la fête, et pour cause.

Qu’est-ce qui inquiète les investisseurs ? Plusieurs aspects conjugués. Tout d’abord le retour des craintes sur la zone euro, notamment concernant les taux espagnols qui continuent à se tendre à des niveaux inquiétants (aujourd’hui, les rendements ibériques pour une maturité de 10 ans se sont encore approché des 6%, un taux proche des fameux 7% qui constituent le consensus du point de non retour, niveau après lequel un pays peut perdre le contrôle du poids de sa dette). De plus, les emprunts des banques espagnoles auprès de la BCE sont en forte hausse en mars par rapport à février, ce qui est tout sauf rassurant ; les banques espagnoles ont effectivement emprunté 316,3 milliards d’euros à la banque central européenne en mars, ce qui représente un montant bien superieur au mois de février à 197 millions d’euros. Pour le moment donc, la politique d’austérité du gouvernement Rajoy n’a pas eu les effets escomptés.

En Italie, la production industrielle s’affiche en retrait, ce qui n’est pourtant pas vraiment une surprise étant donné l’austérité la plus totale menée par le gouvernement Monti pour juguler l’hémorragie de la dette, cependant le consensus des économistes misait sur une hausse (peut être assez naïvement). Mais il est difficile de satisfaire les marchés sur cet aspect : trop de rigueur tuera la croissance dans l’œuf, mais si une politique de croissance est menée, les sanctions tomberont car on accusera les pays d’accentuer les déficits et les taux risqueraient fortement de se tendre. C’est cette schizophrénie qui rend aujourd’hui la situation européenne si compliquée et si lente à se résoudre, étant donnée la marge de manœuvre minime dont disposent les pays (endettés, dépendant de l’économie mondiale, devant respecter un certain nombre de traités européens concernant leur gestion budgétaire).

Par ailleurs, du côté des Etats Unis, l’indice de confiance des consommateurs de l’université du Michigan est ressorti à 75.7 après 76.2 fin mars, un niveau pourtant élevé mais qui renforce la tendance baissière et le pessimisme ambiant car il n’est pas seul (le consensus l’anticipait inchangé).

Du côté de la Chine enfin, la croissance du premier trimestre 2012 est ressortie en deçà des attentes, avec « seulement » + 8.1% sur un an, laissant redouter aux marchés un ralentissement de la tendance plus haussière sur le plan macroéconomique étant donné le poids et l’impact importants du géant chinois sur la scène mondiale.

Tout cela rend les investisseurs nerveux, comme on le sent depuis environ deux semaines, avec un retour des vendeurs du fait de cette volatilité qui tend à amplifier chaque « mauvaise » nouvelle. Une dernière chose et non des moindres, le lancement très prochain (16 avril) d’un nouveau contrat future sur l’OAT Française par l’Eurex (plateforme Allemande spécialisée notamment dans les dérivés), ce qui inquiète certains investisseurs et aussi l’Etat Français (Cf la déclaration de François Baroin aujourd’hui dans ce sens). En effet, d’aucuns pensent que ces dérivés à terme sur les obligations françaises pourraient accentuer la volatilité des taux souverains par la spéculation. Ceci pourrait, comme des rumeurs le laissent entendre, être un outil supplémentaire pour attaquer la France dans le cas d’une victoire de la gauche. Pour être rassurant, il faut noter que ces futures existent déjà sur l’obligataire de nos voisins Allemands, Italiens et Anglais, ainsi que sur les taux Américains. Mais il est vrai que les dirigeants de ces pays ne s’érigent pas en ennemis des marchés, qui n’apprécient guère qu’on leur conteste leur pouvoir…

Seules « bonnes » nouvelles au tableau, une légère dépréciation de l’euro à 1.3082 (ce qui pourrait contribuer à restaurer un semblant de compétitivité européenne) et une baisse du baril de brut, qui cote à l’instant 103.05 USD pour le WTI et 121.37 pour le Brent. Toutes les matières premières se tassent désormais, les reculs les plus notables étant pour le riz, l’argent et l’orge. Les métaux suivent la même tendance à l’exception de l’aluminium et du nickel.

Ci-dessous, la tendance du CAC aujourd’hui :

 

Le canal haussier est aujourd’hui clairement rompu et un support très important, celui des 3,200 points, a été franchi, ce qui ne présage vraiment rien de bon. De source sûre, les opérateurs sont aujourd’hui baissiers : c’est le retour des vendeurs. Le problème est que l’indice français est plus particulièrement touché que ses voisins : le CAC a lâché plus vite et plus fort. On ne peut aujourd’hui plus vraiment espérer retoucher les 3,600 points (résistance technique atteinte récemment encore), avant le mois de mai. Les échéances électorales approchant, la volatilité restera probablement de mise avec un biais plutôt baissier sauf en cas de nouvelles de bon augure du côté des résultats des sociétés pour le premier trimestre 2012 (premier salve de résultats qui avait plutôt bien commencé avec les publications d’Alcoa qui avaient permis, entre autres, de laisser les indices respirer durant deux séances). Au vu de tous ces éléments d’incertitudes, nous nous positionnons à la vente à court terme comme dit dans un précédent billet. Cependant, il n’est pas à exclure d’avoir à faire face à une correction plus forte d’ici début mai, ce qui laisserait des valorisations à nouveau extrêmement intéressantes et relanceraient très certainement un courant acheteur.

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