Les marchés ont été en très forte baisse aujourd’hui, c’est même un démontage en règle. Nous avions anticipé ce mouvement technique hier, avec pour illustration un magnifique marteau inversé à la clôture du CAC, cependant nous n’aurions pas imaginé un scénario si catastrophique.

Ci-dessous le marteau inversé en question dans les bougies japonaises (signifiant que malgré une forte volatilité dans la dernière journée boursière, à J-1, les cours ont replongé en fin de journée pour clôturer dans un consensus baissier, ce qui laisse présager une ouverture en fort repli) :

Le cac a été aujourd’hui en très net retrait de 5.25%, Francfort et Londres se sont aussi repliés respectivement de 4.96% et 4.67%. C’est donc une dégringolade totale. En cause ? Toujours la même chose : problème des dettes irrésolu, fragilités sur les banques, rumeurs et craintes sur l’économie réelle… Avec quelques innovations cependant, si je puis m’exprimer ainsi, et pas des moindres :

1/ La Fed subit un échec total dans sa tentative pour redonner confiance aux investisseurs. L’opération proposée, nommée « Twist », une sorte d’opération similaire à un quantitative easing, sous forme d’un rachat d’obligations de long terme possible grâce à la vente d’obligations de maturité inférieure à 3 ans…pour ainsi tenter d’empêcher les taux longs de remonter et faire de ce fait bénéficier l’économie d’une politique monétaire qui resterait accommodante. La Fed s’est aussi engagée à ne pas remonter ses taux avant 2013. Ceci est donc une réponse aux préoccupations macroéconomiques, qui n’ont plus rien d’alarmiste à présent car bien réelles. Cependant, le marché attendait mieux. Ce n’est pas Ben Bernanke qui l’a rassuré avec sa déclaration : « Il y a des risques baissiers significatifs sur les perspectives économiques, y compris les contraintes s’exerçant sur les marchés financiers internationaux ». L’opération « twist » devrait représenter sur 9 mois 400 milliards de dollars US, ce qui peut paraître beaucoup mais les marchés ont été très déçus du peu de conviction de ce plan. Ils tablent déjà sur l’annonce prochaine d’autres mesures.

2/ Les données économiques tendent à se dégrader. Même si globalement cela tient, les premiers indicateurs baissiers (qui pourraient présager une détérioration assez proche de l’économie réelle) apparaissent. On a l’exemple aujourd’hui, avec l’indice PMI Flash Composite Markit Eurozone, qui indique une contraction du secteur privé, ce qui n’était pas arrivé depuis la dernière crise, encore trop proche… Ainsi, les prédictions les plus pessimistes commencent à se réaliser, avec la situation extrêmement défavorable des marchés depuis cet été qui commence à affecter l’économie et la confiance des entreprises au sein de l’Europe et plus particulièrement de la zone euro.

3/ Les rumeurs de marché sur les banques s’accroissent encore, avec aujourd’hui les démentis de la BNP concernant des discussions qui auraient lieu au Moyen Orient (Qatar notamment) pour rencontrer des investisseurs et procéder à des recapitalisations. Baudoin Prot, DG du groupe, a déclaré qu’il était normal que des road-shows aient lieu pour promouvoir le titre et qu’en aucun cas une recapitalisation n’était à l’ordre du jour. Le problème est qu’en se défendant de la sorte, les rumeurs sont encore renforcées. D’autres rumeurs qui concernent cette fois des rencontres très répétées ces jours-ci entre des dirigeants de banques françaises font que certains opérateurs commencent à évoquer de possibles rapprochements entre certaines banques d’investissement. Les tensions de financement en dollar sont aussi au centre des préoccupations, pouvant induire des problèmes de liquidité pour des banques, qui éprouveraient déjà, selon des informations, de premières difficultés. Enfin, le ratio Bâle III censé garantir un niveau de fonds propres durs minimum pour les banques, intègrerait les dettes souveraines détenues par les établissements bancaires. Leur solvabilité pourrait en être affectée en cas de défauts « dominos » des pays périphériques. Rappelons ici que les faits ne sont pas avérés, pour l’instant, ce sont uniquement des ressentis diffus sur les marchés, appuyés par quelques constatations.

Bref, il fallait voir l’ambiance aujourd’hui au sein des banques. Cela sentait comme un relent de Lehman, avec une pointe de scepticisme. Il faut avouer que nos économistes sont globalement dépassés par l’étendue des évènements et surtout leur imprévisibilité.

Côté dégâts : au moment où j’écris, le Dow Jones cède plus de 4%, le Nasdaq 2.60%, Tokyo a clôturé à -2%. Mis à part les indices Polonais, Russes et Argentins, le CAC a obtenu la palme de la déchéance. Bravo. Avec comme lanternes rouges la Société Générale et le Crédit Agricole, plombés par la Grèce. Même si les titres de ces établissements ont perdu respectivement 62% et 55% de leur valeur depuis le premier janvier, je préfère leur situation que celle de la Grèce actuelle…avec à la clé de nouvelles journées de fronde sociale. La pression est sur l’Europe…et on ne sent aucun soutien face à cette situation avec des marchés en roue libre.

Seule bonne nouvelle : le baril de pétrole perd 6% ; encore un indicateur de démoralisation économique… Le bon courage !

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