News de ce soir, aucun article prévu mais nous ne pouvions pas passer à côté d’une nouvelle de cette importance : Moody’s (l’une des 3 principales agences de notation) a déclassé d’un cran la note souveraine de la France, de AAA à AA1. La France était en effet sous perspective négative depuis plusieurs mois (février 2012). On se souvient de la dégradation de AAA à AA+ de la part de Standard and Poor’s en janvier dernier. Avec deux agences qui retirent la meilleure note possible aux instruments financiers émis par la France, le pays est officiellement déclassé. Moody’s a en outre précisé, d’après les informations dont nous disposons à cette heure (23h30, sources Bloomberg et Moody’s), que la note de la France est toujours assortie d’une perspective négative, ce qui signifie que ce AA1 ne pourrait être que temporaire et que l’agence sera peut être amenée à abaisser cette note à moyen terme, note qui reste correcte mais méritée, il faut tout de même le dire.

Que cela signifie-t-il donc dans l’absolu ? Il s’agit tout d’abord du reflet de l’opinion d’une agence de notation qui, si celui-ci peut être certes imparfait, a le mérite d’être le fruit d’une analyse objective et qui rejoint celle qui fut menée il y a maintenant 10 mois par S&P. Mais cela indique surtout la confiance faible dans la capacité de la France à conserver une situation financière saine. De la à y voir un désaveu de la politique actuelle, il n’y a qu’un pas. Mais pas que. En substance, l’opinion de Moody’s se base sur trois éléments clés : 1/ les perspectives de croissance faibles de la France en raison de problèmes à la fois structurels (perte de compétitivité d’où des parts de marché en retrait, marché du travail rigide) et conjoncturels (mauvais climat des affaires et conjoncture négative des principaux partenaires commerciaux comme pour les agents économiques) ; 2/ fiscalité durcie mais incertaine, avec un cadre que l’on peut difficilement anticiper en raison de déséquilibres économiques, d’un plan brouillon du gouvernement et de rigidités comme évoqué en 1 ; 3/ l’exposition de la France aux économies périphériques de la zone euro à travers ses liens via le système bancaire (liens tout de même considérablement amoindris ces derniers mois) ainsi que la nécessité du pays de soutenir ses partenaires européens plus faibles de par son statut de seconde économie de la zone Euro, ce qui pourrait affaiblir davantage le profil de la France et ses capacités à présenter des budgets équilibrés et à gérer une dette publique d’un niveau déjà inquiétant.

Il est probable toutefois que les effets sur les taux français ne seront pas immédiats car notre avis est que la France continuera à bénéficier d’un effet « moins pire » par comparaison avec ses pairs Italiens et Espagnols. Toutefois, des réformes structurelles sont en cours dans ces pays, qui sont salués en ce sens par un resserrement des spreads et il faudra agir un jour sous peine d’être les derniers sur la liste de ceux qui ne se réforment jamais…avec les conséquences que l’on connait pour les avoir observées attentivement chez nos voisins. Mais ce geste de Moody’s sera peut être bénéfique en matérialisant un pavé dans la mare qui pourrait faire bouger le gouvernement en lui faisant prendre conscience de l’urgence de continuer à agir dans le sens du pacte de compétitivité tout en veillant à redresser le profil financier du pays.

En tous cas, l’effet sur l’euro est immédiat, preuve ci-dessous (source : Liveforex) où l’on constate une jolie correction de la parité EUR/USD au moment de l’annonce de la news.

 

Enfin, nous attendons avec impatience le papier qui devrait émaner de Fitch Ratings, la troisième principale agence de notation, qui a également passé sous perspective négative la note de la France mais qui, contrairement aux deux autres, est sous contrôle français via la holding de Fimalac (conflit d’intérêts comme certains le pensent ? Nous sommes convaincus du contraire car la finance n’a pas de pays, mais attendons de voir si la note suit la tendance négative, nous parions dessus).

Pour conclure, ci-dessous, un extrait du communiqué de Moody’s concernant cette décision :

Frankfurt am Main, November 19, 2012 — Moody’s Investors Service has today downgraded France’s government bond rating by one notch to Aa1 from Aaa. The outlook remains negative.

Today’s rating action follows Moody’s decision on 23 July 2012 to change to negative the outlooks on the Aaa ratings of Germany, Luxembourg and the Netherlands. At the time, Moody’s also announced that it would assess France’s Aaa sovereign rating and its outlook, which had been changed to negative on 13 February 2012, to determine the impact of the elevated risk of a Greek exit from the euro area, the growing likelihood of collective support for other euro area sovereigns and stalled economic growth. Today’s rating action concludes this assessment.

Moody’s decision to downgrade France’s rating and maintain the negative outlook reflects the following key interrelated factors:

1.) France’s long-term economic growth outlook is negatively affected by multiple structural challenges, including its gradual, sustained loss of competitiveness and the long-standing rigidities of its labour, goods and service markets.

2.) France’s fiscal outlook is uncertain as a result of its deteriorating economic prospects, both in the short term due to subdued domestic and external demand, and in the longer term due to the structural rigidities noted above.

3.) The predictability of France’s resilience to future euro area shocks is diminishing in view of the rising risks to economic growth, fiscal performance and cost of funding. France’s exposure to peripheral Europe through its trade linkages and its banking system is disproportionately large, and its contingent obligations to support other euro area members have been increasing. Moreover, unlike other non-euro area sovereigns that carry similarly high ratings, France does not have access to a national central bank for the financing of its debt in the event of a market disruption.

At the same time, Moody’s explains that France remains extremely highly rated, at Aa1, because of the country’s significant credit strengths, which include (i) a large and diversified economy which underpins France’s economic resiliency, and (ii) a strong commitment to structural reforms and fiscal consolidation, as reflected in recent governmental announcements, which may, over the medium term, mitigate some of the structural rigidities and improve France’s debt dynamics.

In a related rating action, Moody’s has also downgraded the ratings of Société de Financement de l’Economie Française (SFEF) and Société de Prise de Participation de l’État (SPPE) to Aa1 from Aaa. Furthermore, Moody’s has affirmed the Prime-1 rating of SPPE’s euro-denominated commercial paper programme. The outlooks on the ratings of the two entities remain negative. The senior debt instruments issued by the two entities are backed by unconditional and irrevocable guarantees from the French government.

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