Réveil difficile ce lundi pour les investisseurs et pour moi (je vous épargne les détails), avec de nouvelles rumeurs sur la Société Générale (va faire faillite ? va pas faire faillite ?), la Grèce (va être en défaut ? va pas être en défaut ?), la zone Euro (va éclater ? va pas éclater ?) ou encore le Royaume-Uni (va lâcher l’UE ? va pas lâcher l’UE ?)… Bref, on a tous compris que pour l’instant, on a rien compris, comme disait un vieux Grec dans un éclair de clairvoyance (en l’occurrence le vénérable Socrate) : « ἕν οἶδα ὅτι οὐδὲν οἶδα » (tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien).

Trêve de plaisanterie, l’heure n’est pas à la fête mais plutôt à la dépression nerveuse.

Cela a commencé par l’Asie, complètement déprimée par les craintes en Europe, avec un signal baissier extrêmement fort, donné avant l’ouverture des marchés sur le Vieux Continent. L’indicateur principal est le Nikkei 225 qui a clôturé à – 2.31% pour 8,535.67 points, soit son plus bas niveau depuis mai 2009 si l’on excepte Fukushima. C’est un véritable scénario catastrophe étant donné que le plancher des 8600 points a été totalement brisé. Il tenait depuis le mois de mars.

Sans surprise, toutes les places européennes ont ouvert dans le rouge, avec la palme du rouge vif qui est attribué au CAC 40 sur lequel pèse de tout son poids le repli des bancaires. Sous la menace d’une dégradation de leur note de la part de Moody’s, Crédit Agricole, Société Générale et BNP dévissent respectivement de 10.64%, 10.75% et 12.35%, en un seul jour de Bourse. Les marchés sont sourds et malgré les déclarations de François Baroin, le ministre des Finances, qui monte au créneau pour assurer que les Banques Françaises restent solides, liquides, solvables et en mesure de parer tout scénario Grec, ceux-ci restent extrêmement pessimistes et se contentent de laminer les bancaires. Frédéric Oudéa, président de la SocGen, peut se montrer rassurant à l’égard de ses clients, indiquer un plan de cessions sans impact négatif sur le compte de résultat et se borner à évoquer la faible exposition de la Banque aux dettes des pays périphériques, rien n’y fait et F. Oudéa finit par indiquer que la possible décision de Moody’s concernant la note de son établissement est de toute manière déjà intégrée par le marché. Pour une intégration en effet, c’est très fort. Conséquence directe pour la SocGen : réduction d’effectifs en Russie, Roumanie, Pologne et Egypte et réduction de la voilure pour la BFI. Une déclaration très importante de M. Oudéa : « je rassure les épargnants, je rassure nos clients, tout fonctionne, il n’y a pas de souci ». Nous voulons bien vous croire Monsieur et il est probable que ce soit véridique et sincère, mais il faut avouer que ce n’est pas là une phrase qui va rassurer des marchés déjà sur les nerfs.

Mis à part les Banques, les inquiétudes sur l’Euro sont immenses et de moins en moins réfutables. Malgré les démentis de la Grèce ce week-end concernant un défaut proche, les marchés sont tout sauf rassurés et les craintes de non versement de la 6e tranche du plan 2010 sont fortes. Sans évoquer le fiasco de la réunion des ministres des finances du G7, vendredi à Marseille, où aucune mesure concrète et forte n’a été annoncée.

Les marchés ressentent aussi une gêne de l’Allemagne, qui rechigne à participer aux différents plans d’aides (et on peut le comprendre), qui deviennent de plus en plus lourds. En effet, le ministre Allemand de l’Economie, Philip Rösler, n’exclut pas une faillite ordonnée de la Grèce pour sauver l’euro (à moins que ce ne soit pour sauver les banques). Selon Barclays Bourse, « l’hebdomadaire allemand Der Spiegel écrit que le ministère des finances travaillerait sur plusieurs scenarii, dont celui d’un défaut de la Grèce ». Patrick Artus, directeur de la recherche chez Natixis, évoque même fort logiquement qu’une sortie de l’euro pour la Grèce et une dévaluation de la Drachme autour de 40% pourrait, après une dure récession, mener à une situation tenable en Grèce. Mais cette solution ne serait valable que pour la Grèce, pas pour d’autres pays comme l’Espagne ou l’Italie, pour qui une sortie de l’Euro mettrait en péril la zone Euro toute entière étant donné le poids de ces économies dans l’UE. En conséquence, la monnaie unique se fait encore corriger au bois vert avec l’Euro  à 1.3644 USD et à 105.2550 JPY, soit la plus faible parité euro-dollar depuis le mois de février et la plus faible parité euro-yen depuis 10 ans.

Pour le reste de l’Europe, la tendance n’est pas à la fête avec un repli de 2.27% pour le Dax et de 1.63% pour le Ftse. Finalement, c’est Londres qui s’en sort le mieux parmi les grosses capitalisations Européennes. D’ailleurs, certaines rumeurs commencent à évoquer les aspirations des conservateurs Britanniques, sceptiques à propos de l’EU et à qui l’actualité donne raison, pour se désengager petit à petit de la tutelle de Bruxelles. Peine perdue pour l’Europe en ce 2 septembre donc, même l’indice Suisse SMI dévisse de 2.35%… Lanterne rouge, le CAC cède 4.03% à 2,854.81 points.

Ce n’est que du côté des USA que les bourses montrent une résistance, pour utiliser le terme appliqué hier au peuple Américain par le Président Obama durant les commémorations du 11 septembre. Le Dow Jones est en effet très légèrement baissier à l’heure où j’écris (- 0.23%) tandis que le S&P 500 est à l’équilibre et que le Nasdaq progresse de 0.6%. Un plan de la FED est de plus en plus probable et la volonté d’Obama concernant son plan pour l’économie et l’emploi semble avoir quelque impact sur les investisseurs.

Du côté des commodities, l’once d’or se consolide à 1,811 dollars, tandis que le pétrole est à 88.15 dollars pour un baril de Sweet Crude Oil et à 113.03 dollars pour un baril de Brent.

Demain, le CAC est attendu à nouveau à la baisse au vu des futures sur l’indice.

Bref, vous l’aurez compris, le double dip semble être sur nous… A suivre attentivement.

Partager